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A l'Insep, on ne choisit pas entre le sport et les études

Tony ESTANGUET, Florian ROUSSEAU, Jo-Wilfried TSONGA, Teddy RINER... tous sont passés par le pensionnat du sport français : l'INSEP

L’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance - Les bâtiments sont nichés au coeur du bois de Vincennes à Paris. A peine la grille franchie, les visages des prestigieux anciens pensionnaires s'affichent. De Teddy Riner à Gilles Simon en passant par Tony Parker, Emilie Le Pennec, Tony Estanguet ou Steeve Guénot, les plus grands sportifs français ont été formés à l'Insep, l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance.

La sonnerie a retenti depuis quelques minutes. A la hâte, deux élèves s’engouffrent dans le couloir du bâtiment D, où se trouvent les salles de cours réservées aux lycéens. Pierre Thomas, responsable de la scolarité, jette un œil sur sa montre. Devant son bureau, un jeune attend dans l’espoir de récupérer son téléphone portable, confisqué la veille parce qu’il avait sonné en plein devoir surveillé. L’ambiance ressemble à un lycée ordinaire. A la vue des photos de classes affichées sur les murs, on comprend pourtant que l’endroit est atypique. Lors de la prise, chaque élève avait enfilé sa tenue de sportif. « Là vous avez le gardien de l’équipe de hockey sur gazon, là une petite gymnaste », énumère Pierre Thomas. L’homme connaît par cœur ses 150 protégés, répartis dans 15 classes (de la seconde à la terminale) et encadrés par 50 professeurs. Il connaît tout de leur emploi du temps, scolaire mais aussi sportif. « Ma mission est d’organiser, de mettre en musique les partitions en harmonie avec les centres d’entraînement », souligne-t-il.

100% de réussite au bac et 56% de mentions



Les cours sont dispensés de 7h45 à 10h35 et de 14h15 à 16h15, avant les deux séances d’entraînement. A l’Insep du lundi au jeudi, dans les lycées des alentours auxquels les élèves sont rattachés le vendredi. « Afin de baigner dans la vie lycéenne », signale Véronique Leseur, responsable du service formation.

A cela s’ajoutent les devoirs surveillés du mercredi après-midi et les études surveillées (de 20h30 à 22 heures), deux fois par semaine… et parfois les heures de colle. « On fait un maximum avec le peu de temps dont on dispose », poursuit Pierre Thomas. Priorité étant donnée au sport et aux compétitions, les élèves s’absentent souvent. A leur retour, des cours ont donc lieu le week-end et pendant les vacances, forcément largement raccourcies.
« La reprise de l’année scolaire a lieu le 7 août », précise Véronique Leseur. Certains élèves passeront leur bac en quatre ans mais le résultat est là : 100% de réussite (et 56% de mentions) l’an passé. « On ne brade pas les études, on fait tout simplement autrement », souligne la responsable de la formation. Longtemps délaissées ou suivies par correspondance, les études font désormais partie intégrante du fameux « double projet » si cher à l’Insep. « Parce qu’une carrière sportive peut s’arrêter brutalement et qu’il faut préparer l’après, estime Véronique Leseur. Il n’est plus question que le sportif ait à faire le choix crutial entre le sport et les études. »


Paris, le 21 décembre. A l’Insep, 150 jeunes athlètes sont répartis dans 15 classes (de la seconde à la terminale) et encadrés par 50 professeurs.





Le bac en poche, plusieurs pensionnaires choisissent de poursuivre des études, d’autres les reprendront plus tard. « Avec eux, on met en place un projet de carrière. On fait du sur-mesure, de la haute couture… » poursuit la responsable. Licence de mathématiques, master sport, expertise et performance, DUT techniques commerciales, préparation au concours de professeur de sports ou diplôme de journalisme… l’éventail des cours proposés à l’Insep est large. « On a aussi mis en place un système de webcam qui permet aux étudiants de prendre des cours à distance avec des profs basés à l’université de Grenoble », souligne Véronique Leseur. On essaie de faire en sorte qu’ils suivent les études qu’ils souhaitent. Lorsque ce n’est pas possible, on les aiguille vers autre chose. Et la durée pour obtenir le diplôme n’a pas d’importance ; ce qu’il faut, c’est fournir aux jeunes les outils pour réussir l’après-carrière sportive. »

« A nous de nous adapter à eux »


Frédéric Sadys, professeur en Staps

Dix ans qu’il enseigne à l’Insep, et Frédéric Sadys l’avoue : « Je n’ai pas vu le temps passer! » A 44 ans, il prépare certains pensionnaires au diplôme d’Etat supérieur et forme donc les futurs entraîneurs. « J’interviens également en licence Staps, précise-t-il. Car lorsqu’on est professeur à l’Insep, on se doit de porter plusieurs casquettes. L’objectif premier des jeunes est de réussir leur carrière sportive, à nous donc de nous adapter à eux et à leur projet. On les prépare à la reconversion, on devient des tuteurs, des profs particuliers capables de donner des cours par visioconférence et de sacrifier un dimanche ou des vacances (NDLR : sans pour autant avoir un salaire plus élevé) parce que nos étudiants, qui viennent de finir un stage, ont un moment de libre. » En permanence, Frédéric Sadys reste disponible : « Les élèves ont mon numéro de portable, mon adresse mail, ils me contactent quand ils le souhaitent. Même tard le soir, je peux leur consacrer du temps. Il faut donc avoir une femme compréhensive… »

Plus délicat encore, l’enseignant doit gérer le fait que chaque étudiant avance à son propre rythme, en fonction de ses entraînements et de ses compétitions. Du coup, certains élèves mettront plus de temps pour obtenir leur diplôme. « On les place dans les meilleures conditions pour réussir. Ils regardent les cours, notent ce qu’ils ne comprennent pas. Ensemble, on fait le point et lorsqu’ils sont prêts, on les présente à l’examen. » Et là, pas de traitement de faveur. « Les examens sont les mêmes que pour les autres étudiants français », précise Frédéric Sadys. Généralement, la réussite est au rendez-vous. « Parce que lorsque les sportifs choisissent de poursuivre des études, ils s’investissent énormément. Ils ont des caractéristiques spécifiques, un vécu, une expérience qu’ils nous font partager. On les forme mais eux nous apprennent également beaucoup de choses. Enseigner à l’Insep était un choix, je ne le regrette pas. »


Sandrine Lefèvre

Article issu du Parisien / Aujourd'hui en France du 27 décembre 2012

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