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Accès à l’université : tout ce qui doit changer dès cette année

A peine connu, le projet de réforme de l'entrée à l'université provoque la grogne des futurs étudiants.

En coulisses, les plus enthousiastes n’hésitent pas à parler de «révolution culturelle». La réforme de l’accès à l’enseignement supérieur, que présentera ce matin le gouvernement et dont nous vous dévoilons le fonctionnement, signe la fin d’un système. L’université française, empêtrée dans la contradiction d’ouvrir grand la porte aux bacheliers mais sans moyens pour les accueillir tous et les faire réussir, avait fini ces dernières années par recourir au tirage au sort pour départager les candidats dans ses filières les plus embouteillées, comme le sport, le droit ou la psychologie.

«Nous ferons en sorte que l’on arrête de faire croire à tout le monde que l’université est la solution pour tout le monde», avait promis en août Emmanuel Macron. Des propos qui rappellent la mission confiée 50 ans plus tôt par le président de Gaulle à son ministre Alain Peyrefitte : «Faire passer l’orientation et la sélection» à la fac. C’était en avril 1967, comme le rapporte l’historien Claude Lelièvre. Il en découla mai 1968.


Une sélection sans le dire ?



Comment ne pas mettre dans la rue immédiatement les étudiants, attachés au droit de poursuivre des études après le lycée ? La copie que livre la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, contourne l’obstacle, en autorisant, de manière ambigüe, à la fois les facultés à sélectionner… et les jeunes à en forcer la porte (lire ci-contre). «Elle s’est engagée à ce que chaque demande d’élève soit analysée et accompagnée de façon personnalisée», fait valoir pour sa part Liliana Moyano, la représentante de la fédération des parents d’élèves FCPE, reçue comme tous les acteurs du monde universitaire pour un round final de négociations cette semaine.

Les pistes qui leur ont été présentées devraient se concrétiser le 22 novembre par la présentation d’une proposition de loi en conseil des ministres. Une manifestation aura lieu d’ici là : les enseignants du Snesup-FSU, syndicat majoritaire dans les facs, mais aussi les étudiants de l’Unef, promettent de combattre le projet, vécu comme une forme de sélection qui ne dit pas son nom. L’éventuel bras de fer se fera au pas de charge : la réforme doit se mettre en branle dans moins de deux mois pour les quelque 700 000 élèves de terminale.







1) La fin des voeux classés



«La ministre de l’Enseignement supérieur a bien compris les problèmes concrets que posait le système. Elle a été très impressionnée par la détresse des familles qui, cet été, appelaient le numéro vert sur l’orientation post-bac», raconte Liliana Moyano, la présidente de la première fédération des parents d’élèves, la FCPE. De fait, la réforme devrait mettre fin aux interminables casse-tête stratégiques auxquels se livraient les jeunes, forcés de classer leurs voeux d’orientation par ordre de préférence, mais sans connaître à l’avance les chances qu’ils avaient d’obtenir une place dans telle ou telle filière. Un flou qui laissait place à toutes les conjectures et donnait l’impression à beaucoup de jouer leur avenir à la roulette russe. La réforme change la donne : les élèves n’auront plus à classer leurs voeux. Le nombre maximum de candidatures possibles passera de 24 à «une douzaine», selon un proche du dossier. Les candidats recevront une réponse pour chacune de leur demande.

2) Les profs donneront leur avis



La nouveauté est de taille, pour les jeunes : désormais, les lycées auront leur mot à dire sur leurs projets d’études. Au conseil de classe du deuxième trimestre de terminale, les enseignants prononceront officiellement un avis sur chaque voeu d’orientation de leurs élèves. Il figurera dans leur dossier et sera transmis aux universités concernées. Ce système existe déjà au bac : les jurys de l’examen peuvent consulter, avant d’entériner les notes et mentions, l’avis «très favorable» donné aux plus méritants, ou le «doit faire ses preuves» infligé aux cancres. L’objectif du ministère est de responsabiliser davantage les lycées dans l’orientation de leurs élèves. Mais son initiative soulève des craintes. «Les enseignants ont tendance à juger sur les résultats dans leur seule matière, sans prendre en compte l’élève dans sa globalité, réagit Mathias Goasmat, le président de l’Association nationale des étudiants en sport (Staps). On a tous eu un jour un prof pour nous dire qu’on arriverait à rien dans la vie…»

3) Les facs auront accès aux bulletins



«On va remettre de l’humain dans la machine», se réjouit un professeur d’université. Jusqu’ici, les candidatures des lycéens étaient gérées par la plateforme informatisée d’admission post-bac (APB). Controversé, l’algorithme triait les voeux et y répondait en fonction de paramètres prédéfinis. Une manière de garantir un traitement équitable des élèves, sans distinction d’origine ou de niveau scolaire. Mais le système, très opaque, a aussi été perçu comme profondément injuste. Surtout quand, faute de place suffisante dans les filières les plus prisées, le logiciel finissait par recourir au tirage au sort. Ce pis-aller n’aura plus court. Selon le projet de réforme, les universités classeront elles-mêmes les dossiers, transmis par informatique. Elles pourront donc dire «oui» en priorité aux jeunes qu’elle estime les mieux à même de réussir. «Cela va être une énorme machinerie et on ne sait pas encore comment nous allons traiter cette grande masse d’étudiants», confie Gilles Roussel, le porte-parole de la conférence des présidents d’université.

4) Le dernier mot laissé aux élèves mais...



C’était un «casus belli» brandi dès le début de la négociation par les étudiants : le dernier mot sur le choix de l’orientation devait revenir aux élèves, sans quoi ils descendraient dans la rue. Les présidents d’université, de leur côté, jugeaient impossible de rénover le système sans créer de barrières à l’entrée de la licence : les «prérequis». Ce terme, vrai chiffon rouge, a disparu du projet, et le gouvernement a trouvé une savante porte de sortie. Les établissements pourront recruter leurs candidats. Mais, dans le même temps, un élève à qui la fac aurait suggéré une autre filière pourra maintenir son choix, en dernier ressort. Forcer la porte, en quelque sorte. «Cela ne marche qu’avec des budgets conséquents, pour créer des places en fonction des demandes. Sinon, on s’oriente vers une sélection qui ne dit pas son nom», prévient Hervé Cristofol, porte-parole du Snesup-FSU, premier syndicat de l’enseignement supérieur, hostile à la réforme. Seules les filières en grande tension, et de manière transitoire, le temps que s’ajustent l’offre et la demande, pourraient refuser des élèves. Mais ils se verraient alors proposer un autre cursus, proche de celui demandé.

5) Des remises à niveau obligatoires



Dans le cas où un élève maintiendrait son choix de s’inscrire en licence, malgré l’avis de ses enseignants et de l’université, l’administration pourra lui imposer de suivre une forme de remise à niveau : un stage, un cours en ligne, des modules supplémentaires, voire une année complète de «propédeutique», sorte de sas entre le lycée et la licence qui existe déjà dans certaines universités. «Il faudra que cette année soit réellement utile à l’étudiant, qu’il puisse valider des crédits de formation et suivre au moins une partie des cours dans la filière qui était leur choix de départ», avertit Jimmy Losfeld, président de la première fédération étudiante, la Fage. «On peut aussi imaginer des modules de découverte des filières proches. Cela permettrait aux jeunes qui le souhaitent de se réorienter», suggère Franck Loureiro, du syndicat Sgen-CFDT. Pour l’instant, les contours précis de ces «itinéraires bis» restent flous et des interrogations subsistent sur les moyens dont disposeront les facultés pour les pérenniser.


Christel Brigaudeau

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