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Alternance : de plus en plus dur de devenir apprenti

Crise économique et manque d'offres... la rentrée est toujours un moment tendu pour les étudiants en recherche de contrat d'alternance

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Liliane Fretté - directrice d'une agence de communication à Paris - LP/OLIVIER ARANDEL

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Le nombre de candidats à l’alternance ne cesse d’augmenter. Mais dénicher une entreprise formatrice n’a rien d’évident… Certains n’ont plus que quelques jours pour trouver.

Être rémunéré tout en poursuivant ses études. Pour Karima Mohamed Abdou, 23 ans, l’alternance a tout pour plaire. « Cela permet de sortir de la routine scolaire, mais aussi de mettre en pratique au fur et à mesure ce qu’on apprend et d’être indépendant financièrement », énumère cette étudiante en licence professionnelle en instrumentation optique et visualisation à l’université Pierre-et-Marie-Curie à Paris.

Comme elle, de plus en plus d’étudiants en France se laissent tenter par l’apprentissage. Sur environ 2,5 millions d’élèves dans l’enseignement supérieur, ils étaient 139 000, soit 5,6 %, à avoir choisi cette formule à la rentrée 2014. C’est presque sept fois plus qu’en 1995 ! Un chiffre qui devrait encore augmenter puisque l’objectif du gouvernement est d’arriver à un étudiant sur six en 2020. Mais autant dire que l’affaire n’est pas gagnée. « Les étudiants ont en effet de plus en plus de difficultés à trouver des employeurs pour les accueillir », confirme Morgan Marietti, fondateur de l’Association nationale des apprentis de France (Anaf).

Un salaire de 25 % à 80 % du Smic



« C’est particulièrement vrai dans les filières industrielles très pointues qui offrent beaucoup moins d’opportunités que le commerce, la grande distribution ou le secteur tertiaire en général », précise Lionel Nicod, directeur adjoint de l’offre de formation à l’IUT d’Aix-Marseille.
La crise économique n’aide pas. « Ne sachant pas de quoi demain sera fait, un certain nombre de patrons hésitent à alourdir leurs charges sociales », constate-t-il. En fonction de son âge, de son année de diplôme et du type de contrat, un jeune en alternance perçoit en effet un salaire de 25 % à 80 % du smic, ce qui n’est pas anodin pour des PME.

Leur réticence est d’autant plus forte que le rythme de la formation ne correspond pas forcément à leurs besoins. Luc Charles, 25 ans, en a fait la cruelle expérience. Inscrit en MBA management du sport à l’ESG à Paris, il a essayé de mettre un pied chez Eurosport puis chez Nike. En vain. « L’une souhaitait que je passe quatre jours au lieu de trois en son sein, l’autre que je commence mon contrat non pas en septembre, mais en janvier. Malheureusement, l’école n’a pas voulu faire de concessions », regrette-t-il.

Un manque de souplesse réciproque qui oblige certains candidats à jeter l’éponge.


Ce fut le cas l’an dernier de Téo Boutinaud. « En deuxième année de master, j’ai voulu suivre une alternance, raconte ce Francilien âgé de 24 ans. Pour me donner toutes les chances, je me suis mis à chercher dès le mois d’avril. Mais je n’avais pas une expérience professionnelle suffisante pour assurer les missions proposées par les entreprises. » Il a donc dû se rabattre sur la formation initiale, ce qui a obligé ses parents à débourser 7 000€ pour l’année. Un luxe que ne peuvent évidemment pas s’offrir tous les étudiants.

« J’ai écrit à plus de 200 boîtes, en vain »


Nabil Djalti Benziane, 20 ans, étudiant

Il a fait la moitié du chemin. Titulaire d’un DUT technique de commercialisation, Nabil Djalti Benziane, 20 ans, a décroché, en avril, son ticket pour le bachelor affaires internationales en alternance de la Montpellier Business School (Hérault). Ne reste « plus qu’à » trouver une entreprise. Et ce n’est pas une mince affaire ! « En six mois, j’ai écrit à plus de 200 boîtes, en vain », raconte le jeune homme. « Au départ, je ciblais surtout la région Paca, mais devant les refus successifs — ou l’absence de réponses —, j’ai fini par élargir mon spectre à toute la France. » Sans plus de succès. Nabil n’est pas une exception. Sur une promotion de 115 élèves, ils sont 43 à être toujours en rade. Heureusement, contrairement à certaines écoles qui imposent à leurs étudiants d’avoir trouvé un employeur avant la fin septembre, c’est-à-dire avant vendredi, lui a encore un peu de temps. « J’ai jusqu’à décembre », indique-t-il, comme pour se rassurer. « Mais la pression commence sérieusement à monter. D’autant qu’en attendant, je dois payer un loyer à Montpellier. Si je n’ai pas de réponse en octobre, je serai obligé d’enclencher le plan B : faire une année de césure à l’étranger… ou travailler. »




« Je préfère prendre des stagiaires pour six mois »


Liliane Fretté, directrice d'une agence de communication à Paris

Ne parlez plus à Liliane Fretté d’alternance. Elle a donné ! « En vingt-six ans, j’ai engagé une bonne vingtaine d’apprentis », explique la quinquagénaire qui dirige une agence de communication à Paris.

« Comme je couvre pas mal d’événements, j’ai besoin de contrats ponctuels. Et je pensais que cette formule allait me permettre à la fois d’économiser sur les salaires et de former un jeune que je pourrais embaucher ensuite. »

Mais elle s’est vite rendu compte que ce n’était pas un bon calcul. « D’abord parce que les jeunes ne sont pas directement opérationnels et qu’il faut donc consacrer pas mal de temps à leur expliquer les missions. Ensuite parce qu’ils ne sont pas à 100 % dans l’entreprise. » Résultat : pour leur confier des projets, c’est coton !

« Avec nos clients, il faut assurer un suivi régulier, assure-t-elle. Si on ne leur répond pas au téléphone une journée, on les perd. Aujourd’hui, je préfère donc prendre des étudiants en stage pour six mois. Là, au moins, je les ai à temps plein. »


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Élodie Chermann


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LE PARISIEN
28.09.2016

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