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Alternance : les vrais atouts de la formule

71% des chefs d'entreprise plébiscitent l'alternance, la considérant comme un moyen d'intégrer progressivement un jeune salarié

Pour l’étudiant comme pour l’entreprise, l’alternance a tout pour séduire : intérêt financier et professionnalisation pour le premier, identification de talents et contribution sociétale pour la seconde. Encore faut-il que toutes les conditions du succès soient réunies.

Parmi les jeunes diplômés de niveau bac+4 en 2010, 11 % ont effectué au moins une partie de leur formation en alternance. Un chiffre qui reflète l’ouverture grandissante des établissements à ce sujet. D’après la CGE (Conférence des grandes écoles), la moitié des grandes écoles proposent une offre en ce sens. De quoi stimuler logiquement l’intérêt des étudiants, qui prennent conscience de la valeur de l’apprentissage et de l’évolution positive de son image. « Ils ont bien compris le principal intérêt : travailler en apprenant, apprendre en travaillant », confirme Thierry Teboul, délégué régional Île-de-France du Groupe IGS. Ainsi l’EM Normandie, qui célèbre cette année le 10e anniversaire de sa filière alternance, note une augmentation des inscriptions de plus de 40 % pour l’année universitaire 2012-2013. Même montée en puissance au sein du réseau Bachelor EGC : en trois ans, le nombre de places proposées en alternance a augmenté de 36 %.

Confiance en soi et savoir-faire


Comment expliquer un tel succès ? Les raisons ne manquent pas, notamment pour les principaux concernés : les étudiants. Premier motif évident, la possibilité de voir sa formation financée par l’employeur et de bénéficier d’une rémunération.
« L’alternance est un vrai levier de promotion sociale et d’égalité des chances », estime François-Xavier Théry, directeur du développement et des entreprises de Sup de Co Montpellier. Si tous les responsables de formation reconnaissent l’importance de l’argument financier, ils en limitent aussi la portée. Pour Sébastien Rebolle, directeur du pôle recrutement et placement de Sciences-U Lyon, « cette motivation ne peut se suffire à elle seule. Le désir d’apprendre, à l’école et dans l’entreprise, est indispensable ».
La principale plus-value de l’alternance concerne la dimension très professionnalisante. « En termes de maturité, de rigueur et d’implication, rien ne remplace l’apprentissage, confirme François-Xavier Théry. La formule permet de développer un savoir-faire reconnu par les entreprises, ce qui constitue un vrai plus sur le marché de l’emploi. » Thierry Teboul complète le tableau en insistant sur le développement personnel : « L’étudiant accède à une certaine autonomie financière, gage de confiance en soi. »

Un moyen de gagner la guerre des talents


Du côté des employeurs, l’apprentissage présente également des avantages certains. Il faut rappeler que les entreprises de 250 salariés et plus ont désormais l’obligation de compter 4 % d’alternants parmi leurs salariés. Une contrainte qui peut être transformée en opportunité, comme le rappelle Thierry Teboul : « On a tendance à penser que les entreprises utilisent l’alternance comme une variable d’ajustement, or je ne suis pas convaincu qu’il s’agit d’un raisonnement majoritaire. » Dans le contexte actuel de guerre des talents, la formule s’intègre aux actions de sourcing, « notamment sur les métiers en tension comme ceux de la vente et de l’informatique ». C’est par exemple le cas de la Société Générale, qui a renforcé en 2012 ses recrutements en alternance dans une logique de pré-embauche.
Aujourd’hui, les écoles n’hésitent plus à créer des programmes en alternance pour répondre aux besoins des entreprises. C’est notamment le cas de l’Essca, qui a lancé en 2012 un master finance & risk management par la voie de l’apprentissage. « Les directions financières des grandes entreprises et le secteur banque/assurance sont demandeurs de formations pointues et concrètes », justifie Raphaël Fournier, directeur des études Programme Master de l’école de commerce.

Accompagner vers l’insertion professionnelle


Si les grands groupes sont concernés, il ne faut pas négliger la part des PME dans la dynamique : en 2010, les entreprises de moins de dix salariés ont embauché 59 % des apprentis3. Quelle que soit la taille de la structure, les avantages de l’alternance sont aujourd’hui bien compris par les chefs d’entreprise. D’après un récent sondage, 71 % d’entre eux plébiscitent la formule, la considérant comme un moyen d’intégrer progressivement un jeune salarié et de lui apprendre un métier, avant un recrutement définitif. Ils sont également 14 % à l’envisager comme une méthode pour le tester avant d’envisager de l’embaucher.
D’autres entreprises jouent avant tout un rôle sociétal d’accompagnement des jeunes vers l’insertion professionnelle. « Il est important de préparer l’avenir de notre secteur d’activité et de s’assurer qu’il bénéficiera des compétences adaptées dans les prochaines années, explique Yves Laqueille, DRH d’Allianz. Nous avons environ 300 contrats en alternance, dont la grande majorité ne débouchera pas sur une embauche. En revanche, nous aidons les jeunes apprentis à rebondir dans leur recherche d’emploi, par exemple en leur apprenant à préparer leur CV et les entretiens. » D’ailleurs, les recruteurs ont bien compris l’intérêt de ces profils, qu’ils soient formés en interne ou qu’ils aient effectué leur apprentissage dans une autre entreprise.
« À compétences égales avec les diplômés passés par la filière classique, ils ont gagné en maturité grâce à cette expérience professionnelle », rappelle Sébastien Rebolle.

Le rôle central de l’établissement


L’alternance dans l’enseignement supérieur a donc fini par obtenir ses lettres de noblesse. Une formule gagnante, à condition que toutes les conditions du succès soient réunies. Chacune des parties prenantes – école/université, entreprise et étudiant – a sa partition à jouer. Du côté de l’établissement, l’accompagnement de l’apprenti est indispensable, en amont puis lors de la période en entreprise. « Il faut s’assurer que l’étudiant soit en capacité de remplir les objectifs académiques tout en réalisant les missions qui lui sont confiées », confirme Raphaël Fournier. Travail sur le CV et la lettre de motivation, coaching pour se préparer à l’entretien de recrutement, ateliers de techniques de recherche d’emploi : les services proposés aux étudiants ne manquent pas. « Nos conseillers repèrent des offres d’emploi en apprentissage, puis font le point avec les entreprises pour vérifier l’adéquation entre le profil de l’étudiant et les attentes du poste », précise Sébastien Rebolle.
Les établissements, autant que possible, adaptent le rythme de l’alternance pour s’assurer de répondre aux attentes de l’entreprise – et de l’apprenti. « Après avoir longtemps proposé un rythme “deux semaines à l’école – deux semaines en immersion professionnelle”, nous avons décidé l’an dernier d’opter pour “une semaine – trois semaines”, témoigne François-Xavier Théry. Cette évolution a fait l’unanimité ! Elle permet aux jeunes d’accéder à une plus grande diversité de missions. »

Motivé et sûr de son choix


Dans l’entreprise, l’accueil d’un apprenti ne doit pas s’improviser.
« Nous menons une vraie politique d’intégration, avec l’accueil par le tuteur le premier jour, puis un suivi dans la durée, témoigne Daniel Bériol, responsable de l’apprentissage pour Airbus France – qui compte actuellement un millier d’alternants. Le maître d’apprentissage doit proposer des missions qui correspondent au programme pédagogique et à son évolution. » La formation des tuteurs est donc essentielle. Autre exemple, le groupe Carrefour, qui a formé plus de 6 800 tuteurs et maîtres d’apprentissage.
Dernier membre de cette trinité, l’étudiant. Il a tout intérêt à avoir une idée juste des efforts exigés par la formule de l’alternance (voir l’article, page K). « C’est sans doute une voie royale pour accéder à la vie professionnelle, mais elle se mérite, prévient Daniel Bériol. La volonté et l’énergie sont indispensables pour réussir. » Autre impératif, le fait d’être sûr de son choix de carrière. Si le stage peut permettre de tester sa motivation, l’alternance s’inscrit dans la durée et vise donc à apprendre un métier, plus qu’à conforter ou infirmer une orientation professionnelle. « Dans le cas contraire, le jeune pourrait être déçu et donc démotivé », avertit Yves Laqueille. Au risque d’une triple peine : accomplir des missions qui ne lui plaisent pas, anéantir toute chance d’être embauché par l’entreprise et ne pas obtenir son diplôme. Une perspective peu réjouissante et qui confirme l’importance de se poser les bonnes questions très en amont.

Gilles Marchand.

Cet article est issu du
Cahier spécial Etudiant : en mode alternance
Paru au sein du journal Le Parisien / Aujourd'hui en France du 22 avril 2013


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23.04.2013

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