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Alternance : Universités et grandes écoles se mettent au diapason

Après les BTS et les licences pros, les masters attirent de plus en plus les apprentis.

L’évolution est significative. Entre 2006 et 2011, selon les chiffres du ministère de l’Education nationale, le nombre d’apprentis préparant une licence pro, un master ou un diplôme d’ingénieur est passé de 26 404 à 49 331, soit presque deux fois plus.
Au niveau bac + 2 (DUT, BTS…), la hausse est moindre mais tout aussi continue : de 44 233 à 62074 apprentis. Signe de bonne santé, 29% des nouveaux contrats d’apprentissage en 2011 concernaient le supérieur, selon le ministère du Travail.

Si ce mode de formation reste minoritaire dans le supérieur — à peine plus de 5% du total des effectifs —, il séduit de plus en plus les jeunes, d’autant que le taux de réussite aux examens culmine à 93%. Les écoles se sont donc adaptées : « Aujourd’hui, plus de la moitié des grandes écoles proposent des formations en apprentissage », explique Jean-Paul Soubeyrand, de la commission apprentissage à la Conférence des grandes écoles (CGE). Il évoque un « boom » depuis 2005. Même constat concernant les seuls cursus d’ingénieurs : « Un peu plus de 10% des ingénieurs sont aujourd’hui diplômés grâce à l’apprentissage, contre 1% à 2%, il y a cinq ans », estime Christian Lerminiaux, président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI). Et au sein du Centre de formation des apprentis (CFA) de la chambre de commerce et d’industrie de Paris-Ile-de-France, qui regroupe 24 écoles, ce taux atteint 60%. Selon sa directrice, Annick Fortin, cela s’explique par l’implantation des grandes entreprises dans la région, très friandes de futurs jeunes diplômés expérimentés. Pour certaines start-up, « c’est plutôt une manière d’avoir des ressources humaines qu’elles n’ont pas les moyens de recruter. »

Une autre stratégie pour les employeurs consiste à utiliser l’apprentissage pour détecter les talents. « Environ deux tiers des entreprises proposent un contrat à nos apprentis. Au final, la moitié de ces propositions se transforme en embauche », affirme Jean-Paul Soubeyrand.

Un moyen de détecter les talents


Marie-Christine Oghly, présidente du Medef Ile-de-France, qui organise la Fête de l’alternance, y voit bien sûr l’avantage de former un jeune aux métiers spécifiques de l’entreprise. Mais elle reconnaît que, crise économique oblige, les places sont de plus en plus chères, en particulier dans les plus petites sociétés.

Pour les apprentis de l’enseignement supérieur, les bénéfices demeurent connus : expérience professionnelle concrète et aide financière intéressante. Mais par rapport aux étudiants classiques, l’expérience à l’étranger, notamment au niveau master, très valorisée par les employeurs, reste faible. Au sein du CFA de la CCI Paris-Ile-de-France, par exemple, seuls 800 apprentis (sur près de 9000 en formation post-bac) franchissent les frontières chaque année. Une fois ce point faible résorbé, l’apprentissage dans le supérieur sera définitivement une voie royale.

TEMOIN
« C’est intensif ! »


Emmanuel PERCHE, 29 ans, apprenti en master 1 logistique, Caen (Calvados)

Il dit que l’apprentissage l’a sauvé. De fait, Emmanuel Perche a quitté le système scolaire juste après son bac. Puis, il a enchaîné les petits boulots. Mais l’envie d’apprendre et de se former le rattrape et, à 25 ans, il s’inscrit en BTS logistique qu’il obtient après deux ans d’apprentissage : « Je reprenais mes études, j’avais l’habitude d’avoir un salaire et je connaissais le monde de la logistique via des missions en intérim. Je pouvais donc apporter une expérience professionnelle », dit-il. Son cursus se passe si bien qu’il s’inscrit ensuite en licence pro management des opérations à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de l’université de Caen, dont il suit cette année le master 1. Il partage son temps entre son poste chez Lisi Medical Orthopedics, où il travaille comme support logistique, et les bancs de l’IAE une semaine sur trois. « Nous avons douze semaines de cours par an, c’est donc intensif, cela demande beaucoup de travail personnel », confesse-t-il.

Pour autant, revenir en cours est un peu « comme une respiration », comparé à son travail en entreprise où il se dit très impliqué. Malgré sa motivation, il estime qu’il est encore trop tôt pour parler d’embauche bien qu’il en soit à sa troisième année de contrat chez Lisi Medical. « Je suis encore en test pour voir si je suis vraiment capable de tenir un poste de responsable », explique Emmanuel Perche. Surtout qu’il doit encore obtenir son master 2 l’an prochain. En attendant, il gagne 1250 € net par mois. « Avec les mêmes avantages que tous les salariés », tient-il à préciser, satisfait de son choix.


TEMOIN
« Je vis confortablement »


Mathieu LANGLAIS, 21 ans, apprenti en école d'ingénieur,à l'’Isen Brest (Finistère)

Mathieu Langlais a longtemps fait partie de ces jeunes qui n’envisageaient pas de longues études. Mais il change d’avis le jour où il découvre qu’il peut devenir ingénieur via l’apprentissage. Fort de l’obtention de son DUT génie électrique et informatique industrielle, il franchit la porte de l’Isen, à Brest, qui propose une formation d’ingénieur électronique et informatique industrielle en alternance : « Commencer dans la vie active tout en continuant mes études m’a paru tout de suite intéressant », se remémore-t-il. Quelques discussions avec des apprentis, un dossier de candidature accepté, un entretien d’embauche et il signe un contrat de trois ans avec Breizelec. Dans cette PME, il développe des feux d’éclairages d’urgences pour des bateaux ainsi que des programmes informatiques pour des composants dits « intelligents ».

« Je me vois plus comme un salarié qui se forme que comme un étudiant qui découvre l’entreprise », affirme Mathieu Langlais. Cela dit, bien qu’il soit parfois difficile de revenir à l’école, il complète sa formation professionnelle par des cours « où tout est étudié en modules autonomes ». L’an prochain, en dernière année, il alternera six mois à l’école et six mois chez Breizelec, et pourra ainsi se consacrer à un projet au long cours. Rémunéré 950 € net par mois, il s’estime chanceux : « Je vis confortablement, je vais avoir un diplôme et j’engrange une expérience professionnelle. » Un triptyque qui résume bien son statut d’apprenti et qu’il aime rappeler à ses interlocuteurs.


Article issu du Parisien / Aujourd'hui en France / Supplément Economie


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Le Parisien
16.09.2013

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