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"Areva milite pour que les filles investissent les filières scientifiques"

Rencontre : Martha Heitzmann a connu mille vies et dirige, depuis 2011, la recherche et développement (R&D) du géant français du nucléaire Areva.

Sa vie pourrait inspirer un film hollywoodien. Cette native de Tucson (Arizona) est la neuvième d’une famille de 12 enfants. Surdouée, elle a suivi une scolarité adaptée et y a appris « qu’une intelligence supérieure implique de plus grandes responsabilités ». A 45 ans, Martha Heitzmann a connu mille vies et dirige, depuis 2011, la recherche et développement (R&D) du géant français du nucléaire Areva, en cohérence, selon elle, avec son « militantisme environnemental ».

Vous dirigez la R&D d’Areva. Est-ce le résultat d’une volonté de promouvoir les femmes ?


Je ne crois pas. C’est le travail que j’ai réalisé à la tête de la R&D d’Air Liquide qui a fait qu’Areva m’a proposé ce poste. Au sein de la R&D, nos équipes sont à parité parfaite alors que la moyenne nationale des femmes dans le secteur est de 12%. Cela reste un monde d’hommes. Quand j’ai fait mon doctorat en ingénierie environnementale à Harvard, aux Etats-Unis, nous étions trois femmes sur cent étudiants. Avec Areva, nous militons dès le collège et le lycée pour que les jeunes filles investissent les filières scientifiques au travers du programme « C. génial ». Cela dit, la France est le paradis des mamans qui travaillent. Ici, garder un emploi ne signifie pas être une mauvaise mère.

D’assistante du sénateur Al Gore — par la suite candidat à la présidentielle américaine et Prix Nobel de la paix pour son message écologiste — à directrice de la R&D du géant français du nucléaire, votre parcours est étonnant…


Pourtant, il est très cohérent. J’ai choisi de faire des études d’écologie à l’université d’Arizona. Mon père m’a prévenue que je ne gagnerais jamais ma vie! A 21 ans, j’ai commencé à travailler auprès d’Al Gore et de différentes ONG écologistes. L’année suivante, je suis partie aux îles Marshall, au milieu du Pacifique, pour développer l’agence environnementale nationale. Puis en travaillant avec la banque de développement asiatique, j’ai vu la misère et j’ai réalisé que je ne souhaitais plus uniquement contrôler la pollution, mais également participer au développement économique en en limitant l’impact environnemental.

Comment êtes-vous arrivée en France ?


Avec mon ex-mari, un Français que j’ai suivi à Paris. Après un MBA (maîtrise en administration des affaires), j’ai travaillé un temps pour l’OCDE mais à 39 ans, j’ai eu envie de quitter les institutions internationales. En 2007, j’ai été contactée par Air Liquide à un moment où cette entreprise française avait besoin de développer ses laboratoires aux Etats-Unis ou au Japon. C’est là que j’ai attrapé le virus de la R&D. C’est fantastique d’avoir des centaines de millions d’euros entre les mains pour changer le monde. C’est fun!

Mais le revers de la médaille est que vos employeurs sont des industriels à qui vous devez rendre des comptes…


Je suis pragmatique. Travailler à la R&D d’une entreprise de cette importance est un bon moyen d’agir pour l’environnement. La première génération d’environnementalistes qui a émergé vers 1920 se contentait de préserver la nature; la seconde apparue après les années 1960 s’est concentrée sur la gestion des pollutions, elle joue aujourd’hui encore un rôle important de surveillance. La troisième génération, dont je fais partie, est directement intégrée dans le processus de fabrication.

Sur quels développements travaillent vos équipes ?


Toutes nos innovations sont tirées par le développement durable. Prenons l’exemple des réacteurs nucléaires. Dans le monde, Areva intervient sur 360 des 440 réacteurs en fonctionnement, notamment pour la maintenance. L’enjeu de la maintenance est d’aller vite avec le moins de radioactivité possible pour protéger nos techniciens. Nous imaginons comment utiliser les robots, c’est passionnant. Nous travaillons sur toute la chaîne depuis les mines d’uranium jusqu’au recyclage en passant par les matériaux et les systèmes informatiques. Et puis, il y a les énergies renouvelables.

Que représentent l’éolien, le solaire et la biomasse pour Areva ?


Nous sommes partis de zéro il y a cinq ans, et aujourd’hui ces énergies représentent 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il existe de nombreuses synergies entre le nucléaire et le renouvelable. Ainsi, j’ai récemment réussi à faire travailler ensemble nos ingénieurs nucléaires allemands les plus pointus et des équipes d’Areva Wind, la filiale consacrée à l’éolien offshore : un vrai choc des cultures! Lors de la première réunion au siège parisien en novembre, quand ils ont commencé à parler technique, j’ai compris que c’était gagné.

Propos recueillis par Émilie Torgemen
Article publié dans le Supplément Le Parisien Economie du Lundi 4 mars 2013

Métiers liés : Technicien nucléaire, Ingénieur environnement,


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Le Parisien
08.03.2013

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