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Bernard Ramanantsoa (HEC) - "Nos étudiants veulent plus de mobilité et d'instantanéité"

Pour rester dans la compétition mondiale, HEC s’inscrit aussi dans une logique numérique. Le point de vue de Bernard Ramanantsoa

Si HEC se positionne parmi les meilleures business schools du monde, elle doit également s’adapter en permanence aux nouveaux enjeux. Parmi ceux-ci, le digital représenter l’un des chantiers prioritaires. Bernard Ramantsoa, le DG de l’école de Jouy-en-Josas nous donne sa vision… pour rester connectée.

« Même si nos étudiants font parfois preuve d’ « impatience » en salle de cours, ils continuent à apprécier le contact direct »

Les étudiants des grandes écoles de commerce sont-ils totalement digitalisés ? Aujourd'hui selon vous, ils attendent quoi de leurs cours/enseignants ?


Tout dépend de ce que l’on entend par « totalement ». Sans aucun doute, nos étudiants sont équipés de smartphones, voire de tablettes, en plus d’ordinateurs ; ils sont inscrits sur les réseaux sociaux ; ils ont désormais accès à de nouvelles sources de savoirs et en font usage. Ils développent ainsi de nouvelles stratégies de communication, de consommation de l’information, voire d’apprentissage. On peut les qualifier d’informelles car elles s’appuient sur des canaux en marge de nos enseignements traditionnels. Les attentes de nos étudiants évoluent parallèlement vers plus de mobilité et d’instantanéité dans l’accès à l’information (accéder à ses supports de cours à tout moment, en tout lieu et à partir de n’importe quel terminal) ; vers la recherche de contacts permanents entre pairs ou avec les enseignants pour obtenir un retour rapide de l’enseignant sur son travail.
Tous sont-ils « digitalisés » ? On a parfois tendance à associer le « digital » à un phénomène générationnel. Or, comme les générations précédentes (y compris celle des cadres que nous formons en Executive Education) comptent des « digital migrants » confirmés, les jeunes générations comprennent des personnes moins sensibles aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il reste donc une certaine diversité dans les attentes, les comportements et les degrés de familiarité vis-à-vis de ces technologies.

Les étudiants sont-ils en attente de formations 100% en ligne ?


Je n’en suis pas certain. Même si nos étudiants font parfois preuve d’ « impatience » en salle de cours, ils continuent à apprécier le contact direct avec leurs camarades/collègues et les professeurs. La salle de classe continue d’être un accélérateur d’apprentissage et de socialisation, et cela n’est pas prêt de disparaitre ; sans compter que la vie sur un campus permet de se construire un réseau durable, basé sur la confiance et l’amitié.

Mais le numérique fait tout de même partie de vous nouvelles approches ?


Si nous développons l’usage des nouvelles technologies dans la pédagogie, et que nous restons ainsi en phase avec les comportements de nos étudiants, nous devons aussi veiller à ce qu’ils maitrisent les codes de ce nouvel environnement et qu’ils y portent un regard critique. Nous devons faire évoluer la « digital literacy » (la « culture numérique ») de nos étudiants et de nos enseignants. C’est un double mouvement à opérer. Par exemple, nous avons la responsabilité de former nos étudiants à l’usage d’une information désormais pléthorique mais pas toujours pertinente. A l’inverse, nos enseignants doivent, avec les étudiants, apprendre à mobiliser au mieux les perspectives ouvertes par les réseaux sociaux, et tirer les leçons de leurs expériences : organiser des veilles d’information collaboratives, mettre en place des dispositifs de « peer coaching », tester et valider des projets auprès de publics pertinents (« authentic audiences »)
Il ne suffit donc pas de « digitaliser les contenus de nos cours, en adoptant de nouveaux supports et de nos nouveaux contenus. Nos enseignements doivent évoluer pour devenir de véritables « laboratoires » du digital.

Peut-on imaginer que vos diplômes soient délivrés dans un avenir proche à distance avec des MOOCs ou des plateformes de e-learning ? Cela coûterait-il moins cher ?


Le « 100% online » peut répondre aux attentes de certains publics et peut être particulièrement adapté à certaines matières. Ainsi, nous avons adhéré très tôt au projet de Coursera : celui de rendre disponible la meilleure éducation à des publics qui, pour différentes raisons (financières, géographiques …), n’ont pas accès aux formes traditionnelles de l’enseignement supérieur. Les plateformes de e-learning ou de MOOCs, telles que celles développées par Coursera, ont atteint un degré de maturité qui nous donne confiance dans la qualité de l’expérience et de l’apprentissage offerts. Nous réfléchissons donc effectivement à d’autres formes de cours en ligne. Mais nous devons faire preuve de discernement dans le développement de formations à distance. Elles doivent apporter une réelle valeur ajoutée à « l’apprenant ».
Elles me paraissent particulièrement pertinentes pour les publics en activité (publics du MBA et de l’Executive Education) auxquels elles apportent une plus grande flexibilité pour concilier travail, éducation…et vie de famille. D’ailleurs, les MOOCs sont aujourd’hui principalement suivis par des adultes déjà diplômés.



Bientôt l’enseignement 100% à distance ?


La formation à distance n’est pas adaptée à toutes les matières qui forment le socle d’une formation en management. Elle nécessite une grande discipline et un grand sens de l’organisation de la part de « l’apprenant ». Elle ne se prête, qu’à certaines conditions, au développement des compétences, au-delà des connaissances. Pour ces raisons, nous croyons d’avantage aux formes d’enseignement hybrides qui combinent le « meilleur des deux mondes » : le « distancie »l et le « présentiel ».

Certains prétendent que les coûts de production sont moins élevés avec le digital. C’est vrai ?


L’enseignement à distance ne coûte pas forcément moins cher à produire. C’est une utopie. Développer un cours à distance suppose d’abord un important travail d’ingénierie pédagogique pour recomposer le cours et ses objectifs, en différentes séquences et activités pédagogiques. La transposition d’un cours sur les médias numériques les plus adaptés (par exemple, des vidéos, des présentations ou des cas interactifs, des simulations, etc) représente également un important investissement en temps et en compétences spécifiques. Or, ce type d’investissement, que l’on pourrait croire durable et amortissable dans le temps, doit être renouvelé pour éviter l’obsolescence des contenus. Nous travaillons donc à des « business models » qui permettent de faire diminuer le coût de la formation pour l’apprenant sans pour autant sacrifier nos exigences de qualité et de pertinence.

Devez-vous consentir des investissements importants pour répondre à la transformation numérique de l'enseignement ?


L’investissement en équipements, matériels, logiciels (tels que les plateformes), qui permettent de développer des contenus numériques et de les délivrer à distance, n’est pas négligeable. Mais surtout, le passage au numérique se mesure en ressources humaines : il nécessite d’importants investissements en temps et en compétences pointues (ingénieurs pédagogiques, équipes audiovisuelles, infographistes, etc). Dans un contexte en évolution rapide, nous devons également faire preuve de flexibilité et d’agilité.

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LE PARISIEN
26.05.2014

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