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Bibliothèques Universitaires et Covid-19 : la galère des étudiants pour réviser
Beaucoup de "BU" ont en effet durci leurs conditions d’accès, quand elles n’ont pas tout simplement fermé leurs portes.
Le travail en bibliothèque universitaire est une des nombreuses victimes collatérales de la crise sanitaire. Beaucoup de “BU” ont en effet durci leurs conditions d’accès, quand elles n’ont pas tout simplement fermé leurs portes.

Travailler en bibliothèque, pour Juliette, c’est vital. Etudiante en L3 d’histoire à Panthéon Sorbonne, inscrite en parallèle en L3 d’anglais, à distance, à l’université de Paris Nanterre, l’étudiante a beaucoup souffert du confinement : “Travailler dans la pièce où je dors, c’est vraiment compliqué. C’est pour cette raison que j’adore aller travailler en bibliothèque ! Entourée d’autres personnes qui étudient, dans le calme, avec tous les livres nécessaires à portée de main, j’ai plus de facilité à me concentrer qu’en restant chez moi”. Depuis qu’elle est étudiante, cette parisienne d’adoption a même pris l’habitude d’aller travailler tous les dimanches à la BIbliothèque nationale de France, où elle a pris un abonnement à 15 euros pour être certaine d’y avoir toujours accès, “si je restais dans ma coloc je serais incapable de travailler le week-end” explique cette bibliophile. Ce que redoute le plus Juliette : que la hausse des cas de Covid en région parisienne entraîne la fermeture des BU.

La solution “click and collect” pour emprunter des livres


Si nous n’en sommes pas encore là, les conditions d’accès aux bibliothèques universitaires ont déjà été durcies dans toutes les zones en alerte renforcée ou maximale. Ainsi à l’école Polytechnique, dans la banlieue sud de Paris, la direction n’a pas attendu que la crise sanitaire rebondisse pour prendre une décision drastique : la bibliothèque est fermée, mais les étudiants peuvent emprunter des livres en “click and collect”. A Sorbonne université, les bibliothèques sont accessibles une semaine sur deux, en fonction du numéro de carte de chaque étudiant. “En restreignant l’accès des étudiants aux BU, on limite leur liberté, nous le savons bien, déplore Nathalie Clot, directrice de la bibliothèque universitaire de l’université d’Angers, actuellement en zone d’alerte “simple”. Mais nous n’avons pas vraiment le choix : nos étudiants respectent vraiment très bien le port du masque, mais c’est plus compliqué quand ils travaillent en groupe avec des camarades qu’ils fréquentent tous les jours.

Difficile de leur faire comprendre que si on les laisse travailler sans masque dans les salles de travail de groupe, ils peuvent disperser des aérosols dans la pièce qui risquent de contaminer les usagers suivants. Nous ne sommes pas des gardiens de porte ou des surveillants, donc il a fallu se résoudre à fermer ces salles”. De même, comme dans la plupart des BU en ce mois d’octobre, à la BU d’Angers il faut réserver sa place à l’avance pour espérer y trouver une chaise et un bout de table. Et comme la jauge de fréquentation a été abaissée de moitié, le ratio habituel d’1 place en BU pour 10 étudiants grimpe désormais à 1 place pour 30… Nathalie Clot s’inquiète de l’effet de ces contraintes sur les pratiques étudiantes, notamment des L1 : “J’ai bien peur que certains renoncent à fréquenter leur bibliothèque, alors que c’est une des conditions à la réussite étudiante”.


BU des licences du campus Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université : une chaise sur deux a été scotchée sur la table pour permettre un espacement entre 2 étudiants / Crédit photo : JMC


Les médiathèques municipales prises d'assaut


Même avis pour Valentine, chargée de cours en lettres à l’université de Montpellier, mais également doctorante : “Je constate que mes étudiants de L1 ont vraiment des lacunes dans le traitement de l’information, ils ont par exemple du mal à identifier la source d’un texte, et la fiabilité de cette source. C’est indispensable qu’ils apprennent à utiliser des bases de données, à constituer une bibliographie, des pratiques qui jusqu’à présent étaient transmises dans les BU. Et puis tout bêtement, à la BU, il fait chaud, c’est calme, c’est un espace où se poser, un lieu de vie qui nous manque à tous, étudiants, enseignants. Les médiathèques municipales sont parfois une solution de rechange, mais toutes n’offrent pas de bonnes conditions pour travailler”. “Une BU qui ferme ou impose de réserver pour y avoir accès, c’est un espace de socialisation en moins pour les étudiants” renchérit Nathalie Clot.

En attendant que la situation revienne à la normale, Valentine a décidé de se priver de BU : : “Je n’y vais plus depuis mars car c’est devenu trop contraignant. Mais la BU me manque ! Sans compter qu’avec l’obligation de garder les livres en quarantaine entre deux prêts, on peut attendre jusqu’à une semaine pour consulter des livres à 80 euros, impossible à acheter pour la plupart des budgets. Certes les étudiants pro-actifs qui vont beaucoup en bibliothèque ne sont pas majoritaires, mais les BU sont là pour eux et c’est un vrai souci que leur accès soit plus compliqué”. Juliette, l’étudiante en histoire, continue elle coûte que coûte à aller travailler en bibliothèque tous les jours, en réservant à chaque fois que c’est possible des plages de 8 heures : “J’attendais depuis longtemps cette vie d’étudiante, tout ça est très frustrant, mais on s’adapte. J’espère juste que dans les prochaines semaines toutes les bibliothèques ne fermeront pas”.

Sandrine Chesnel

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Par LE PARISIEN - Le 12.10.2020