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Concours d'écoles : mieux vaut prévoir un budget conséquent

Pour mulitplier leurs chances d'admission, les étudiants sont tentés de présenter des dizaines d’écoles

C’est en ce moment que des dizaines de milliers de lycéens et d’étudiants s’inscrivent aux concours. Et ce n’est pas donné.

Il a signé sans discuter, mais l’addition lui reste en travers de la gorge. Ce mois-ci, Geoffroy a dépensé 1 675 € pour inscrire sa fille aux concours des écoles de commerce qu’elle passera au printemps, à l’issue de sa deuxième année de classe préparatoire économique. Cette étudiante, qui postule à 18 établissements, n’est pas un cas à part. Dans tous les domaines d’études, à tous niveaux, ils sont des dizaines de milliers de jeunes à multiplier ainsi leurs chances aux concours… et leurs parents à mettre la main au portefeuille. A en croire les estimations des spécialistes, les jeunes qui rêvent de management présenteront « une dizaine d’écoles » cette année, pour un coût d’inscription estimé entre 1 200 et 1 500 €.

Les frais s’accumulent : dossiers, oraux, inscriptions...


Pas d’argent ? Pas de choix ! L’adage ne concerne pas que les élites économiques. Les aspirants aux instituts d’études politiques, les élèves des écoles d’art, d’ingénieurs, d’informatique, de journalisme ou encore de kinésithérapie connaissent les mêmes pressions financières. D’autant que, au budget des inscriptions, s’ajouteront ce printemps les billets de train, les factures d’hôtel et autres frais engagés pour le nécessaire tour de France des oraux, deuxième passage obligé des forts en thème admissibles dans plusieurs établissements. Une fois les jeunes reçus dans une école viendra le moment de parapher un troisième chèque : celui des frais de scolarité. Soit 9 000 € par an, en moyenne, dans le privé.

Pour adoucir ce coup de poignard à un système méritocratique déjà plus mort que vif, beaucoup de conseils d’administration ont voté la gratuité des épreuves pour les candidats boursiers. « Cette année, nous en aurons 27 % dans notre concours, détaille Jacques Chaniol, le délégué général d’Ecricome, une banque d’épreuves qui regroupe 4  grandes écoles de commerce. Cette gratuité représente des sommes importantes, de l’ordre d’1 M€ pour nous. Elle permet aux élèves les plus modestes de se présenter à tous les concours. »

Ceux qui ne bénéficient ni d’aides d’Etat ni de parents fortunés doivent, eux, faire des choix. « C’est de toute façon inutile de tout passer, plaide Jacques Chaniol. Ce serait s’acheter une fausse assurance contre l’échec. » Fausse, peut-être, mais tellement rassurante.

« Cela m’oblige à me limiter »


Témoignage Anissa, élève en khâgne au Raincy (Seine-Saint-Denis), ne passera pas de concours payant cette année faute de moyens.

Elle passe ses week-ends dans les bibliothèques et tout son argent file dans les livres. Anissa, 20 ans, est en deuxième année de prépa littéraire à Albert-Schweitzer, le lycée public « coté » de la Seine-Saint-Denis, au Raincy. Comme beaucoup d’autres dans sa classe, cette aînée d’une famille de trois enfants aurait aimé présenter cette année des écoles de commerce et des instituts d’études politiques, en plus du concours gratuit — mais quasi inaccessible — de l’Ecole normale supérieure (ENS) auquel prépare son cursus en khâgne. Mais Anissa ne peut pas. Pour elle, « payer 300 € pour un concours qu’on n’est pas certain d’avoir » ne relève pas du sacrifice. C’est de la science-fiction.

Ses parents, tous les deux employés avec de petits salaires, « n’ont pas les moyens, estime l’étudiante. Ils doivent aussi financer la scolarité de mon frère et de ma sœur, eux aussi ont des projets et l’argent doit être partagé entre nous trois. A 50 € près, on n’entre pas dans les critères pour obtenir une bourse. »

Un peu dépitée, Anissa constate que « l’argent est un frein. Cela m’oblige à me limiter, alors que je pensais qu’en classe prépa, seuls mon travail et mes résultats scolaires compteraient. Ce cursus m’a donné envie de faire des études et de viser haut. Mais plus on a de soucis d’argent, moins on peut s’autoriser des projets ambitieux. »

Ce printemps, Anissa va tout de même passer le concours de Normale sup, gratuit, pour « mesurer » son niveau. « En fonction, j’investirai l’année prochaine pour passer un institut d’études politiques. Pour les concours des écoles de commerce, les plus chers, je ne m’y présenterai que si mon quotient change : j’aurai peut-être une bourse l’année prochaine. » Anissa n’a pas d’autre espoir : le travail en classe prépa ne lui laisse pas le temps de prendre un petit boulot à côté.


Christel Brigaudeau

Consultez aussi :
"150 000 copies à corriger" - Interview Philippe Regimbart, directeur des admissions et des concours à la CCI de Paris - Ile-de-France
Concours d'écoles : exemples de prix et gratuité pour les boursiers


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Le Parisien
11.02.2014

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