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Concours Sciences-po : la fin des écrits

Sciences-Po change sa procédure de sélection. Une réforme très regardée, alors que les grandes écoles veulent diversifier les profils de promo

La prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume souhaite dénicher des « potentiels » et des personnalités plutôt que des forts en thème. LP/Humberto de Oliviera

Par Christel Brigaudeau

Le prestigieux institut dévoile ce lundi 12 octobre les détails de sa nouvelle procédure de sélection. Une réforme très regardée, alors que les grandes écoles veulent diversifier les profils de promotions.

« En deux minutes, dites-nous qui vous êtes », demandera la voix dans l’ordinateur ou, plus exactement, l’examinateur de l’autre côté de l’écran. Ainsi débutera, à partir de cette année, l’entretien d’admission à Sciences-po.

Vingt ans après avoir secoué le cocotier de l’élitisme en introduisant la discrimination positive dans son recrutement, l’école de la rue Saint-Guillaume (Paris VII e) annonce aujourd’hui les détails d’une réforme profonde de sa procédure de sélection. Y disparaît ce sur quoi les grandes écoles françaises fondent leur prestige : des écrits ultra- sélectifs. La nouvelle procédure, dans un style plus anglo-saxon, comprendra quatre volets, reposant sur les notes obtenues au lycée et sur des éléments plus subjectifs, visant à dénicher, plutôt que des forts en thème, des « potentiels » et des personnalités.

Selon un document interne que notre journal s’est procuré, une partie de la note des candidats sera basée sur « une analyse qualitative de la trajectoire et du contexte socioscolaire » du lycéen. Deux examinateurs compareront les notes de l’élève avec son origine sociale, sa place dans son lycée, sa progression. Chacun attribuera une note sur 10, et la somme des deux, sur 20, comptera pour un quart de la note finale d’admission.

Des écrits personnels en réponse à une question


Un autre quart distinguera des écrits personnels, notamment une rédaction d’une page répondant à une question, sur cinq au choix. Les candidats seront encouragés à « être sincères et à rédiger seuls leurs réponses, sans intervention extérieure qui risquerait de dénaturer le récit », indique l’école, dans le même document, consciente « des interrogations sur une possible intervention de tiers » que pourra susciter le processus.

De fait, les questions, avant même la présentation officielle du projet, ont commencé à fleurir dans le monde des grandes écoles, priées de plus en plus fortement de redoubler d’efforts pour diversifier la physionomie de leurs amphis. La ministre de la Fonction publique, Amélie de Montchalin, vient ainsi d’annoncer la création, dans les concours de la haute fonction publique, de « voies d’accès pour les candidats issus des milieux modestes. Avec, à chaque fois, des places réservées ». Bref, un processus de discrimination positive sur lequel le directeur de l’ENA, Patrick Gérard, est donc prié de travailler, vingt ans après Sciences-po. La mission est d’autant plus difficile « que le nombre de places au concours s’est réduit au fil des années, relève Patrick Gérard. On en avait 40 au concours externe en 2020, contre une centaine à l’époque de la promotion Voltaire (NDLR : en 1980). Et on arrive en bout de chaîne, à bac + 7 ou 8, quand la sélection s’est déjà opérée ».

Inverser l'entonnoir des classes prépas


Même argument du côté des grandes écoles, qui recrutent à l’issue de classes prépas, aux allures de terribles videurs. A Polytechnique, 80 % des étudiants sont issus… de seulement dix lycées différents. Un entonnoir « dont il faut faire le chemin à l’envers, incite la sociologue Marie Duru-Bellat (« L’école peut-elle sauver la démocratie ? » de Marie Duru-Bellat et François Dubet, Ed. Seuil, 2020). Les carrières scolaires dans notre pays se déterminent dès le primaire. Tant qu’on donne toute l’importance au niveau scolaire dans un concours, on entérine les inégalités ».

A Sciences-po, l’enjeu sera moins de faire entrer des étudiants issus de milieux défavorisés, déjà présents (en faible nombre) grâce à la discrimination positive, que de « faire revenir les enfants des petites classes moyennes, quasiment disparus ces dernières années de Sciences-po et de quelques autres instituts d’études politiques », analyse Annabelle Allouch, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Picardie. L’école a prévu de nouer de nouveaux partenariats avec des lycées de petites villes de province, et à la campagne.

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