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ESCP Europe : "Nous faisons la preuve de l’excellence française"

Questions/Réponses : Edouard Husson, nouveau patron de ESCP Europe, trouve ses marques et dévoile sa stratégie petit à petit

Nouveau patron de ESCP Europe, Edouard Husson trouve ses marques et dévoile sa stratégie petit à petit. Normalien puis haut fonctionnaire, il dirige un établissement totalement international qui devra bientôt construire son autonomie, selon le souhait de la CCI Paris Ile-de-France, à l’instar de sa grande sœur HEC.

Vous avez pris vos fonctions dans un contexte politique compliqué pour les grandes écoles, notamment au sujet des classes prépas. Quelle a été la nature des vos premiers échanges avec vos collègues directeurs ?


Nous avons de très bons contacts. Nous sommes certes concurrents mais nous avons également un modèle à défendre, celui des grandes écoles avec leurs classes prépas. Naturellement ce système s’ouvre. Mais l’idée, quelques fois défendue avec les professeurs de prépas et ceux d’universités soient totalement interchangeables est une vue d’esprit. Les deux systèmes ont leurs qualités, qui sont complémentaires. Le système évolue normalement avec de nombreux accords déjà entre les classes prépas et des universités. Vouloir brusquer les choses serait incompréhensible.

Vous êtes un « brillant » universitaire issu de Normale Sup. En tant que directeur d’école de commerce, vous devez « manager » et chercher sans cesse de nouvelles ressources financières : n’est-ce pas trop demander à un académique pur comme vous ?


On sort d’un système où tout le monde pensait que les entreprises viendraient vers nous naturellement, avec des « cadeaux » financiers. Désormais, il faut aller chercher les ressources chez des partenaires, qui deviennent d’ailleurs de plus en plus exigeants quant aux résultats. Ils souhaitent désormais comprendre quels types de projets ils soutiennent. En ce qui concerne mon histoire, vous savez si l’on a le sens de l’État ou du service public on a le souci de ne pas gaspiller l’argent des contribuables.

Pensez-vous qu’il y a de la place pour autant d’écoles de commerce. Dans ce cadre, les regroupements sont-ils une bonne chose ?


Les fusions sont au service d’une stratégie. Le fait d’être plus grand permet sans doute de mieux former, faire de la recherche et attirer les entreprises. Mais il est fondamental que les ADN des établissements qui s’associent soient compatibles. Je comprends bien, par exemple, la stratégie de SKEMA, mais attention à ne pas être fasciné par les grands ensembles. L’idée que la taille fait le succès est totalement dépassée. Avec le numérique et le sur-mesure, il y a de la place pour des structures de taille raisonnable. Dernier point : il faudrait penser un peu aux étudiants. Comment faire avec des campus trop éloignés ? Comment faire un vrai brassage ?

Le fait que HEC, l’Essec et votre école fassent partie de la CCI Paris Ile-de-France peut nous inciter à penser qu’elles pourraient fusionner à terme. Est-ce envisageable ?


Ces trois écoles ont des projets très différents. Leur succès est en partie dû aux stratégies propres qu’elles ont développées. J’ajoute que leurs histoires n’ont rien à voir. Donc je n’y crois pas.


Carte d'Europe avec les 5 Campus de ESCP Europe


Comme HEC, avez-vous pour ambition de gagner votre indépendance vis-à-vis de la CCI Paris Ile-de-France, où vous n’êtes pour le moment qu’un « service » ?


L’autonomie (et non pas l’indépendance, puisque la CCI Paris Ile-de-France restera notre actionnaire majoritaire), j’y vois de nombreux avantages. Cela nous responsabilisera vraiment et nous permettra d’assumer notre stratégie. Il nous faudra élargir nos ressources financières. Cela renforcera également considérablement notre crédibilité vis-à-vis des partenaires internationaux, largement plus autonomes que nous.

La spécificité internationale de ESCP Europe lui confère-t-elle une place à part dans le monde des grands écoles de commerce ?


Nous avons un excellent système de sélection par les prépas. Mais ce système a besoin de se renouveler et faire toujours mieux la preuve de son excellence. Il y a 15 ans nous accueillions 250 élèves de prépa. Aujourd’hui c’est 350 face à 500 jeunes recrutés via d’autres filières, en France et dans le monde. Aujourd’hui, 50% de nos étudiants ne sont pas français et 25% sont non européens. Donc, je pense que nous faisons la preuve de l’excellence française. Un chiffre encore : 44% de nos étudiants diplômés engagent leur vie professionnelle hors de leur pays d'origine. Dans la compétition à laquelle les business schools se livrent, notre aspect international est un avantage concurrentiel indéniable aussi bien pour la formation initiale que pour la formation professionnelle qui progresse malgré la situation économique difficile.

Avez-vous pour autant les moyens de vos ambitions ?


Nous aurons besoin de toujours plus de moyens pour assumer nos ambitions. Il nous faudra développer nos ressources propres qui ne sont pas suffisantes à ce jour. Notre fondation ne pourra pas lever des fonds uniquement sur nos beaux yeux mais plutôt à partir de projets performants. Nous sommes désormais en concurrence avec les universités qui deviennent aussi séduisantes. Une grande part de notre expansion a été financée par les droits étudiants, mais cela ne suffit plus aujourd’hui. Cependant, je suis convaincu que les moyens ne font pas tout. Une fois que l’on dispose d’infrastructures et de professeurs, il faut innover. Je suis persuadé par exemple que les cours on-line vont modifier la donne. Dans cinq ans, nous aurons probablement un centre de diplomation qui fonctionnera toute l’année, permettant à des personnes qui ont suivi des cours on-line un peu partout de venir passer un diplôme ESCP. Notre modèle économique évoluera naturellement.

Quel est le principal défi de votre école ?


Il y a des défis liés à notre modèle. Plus on encourage les étudiants à bouger, plus on doit proposer des points fixes pour renforcer une identité commune. C’est très important car ce qui fait la force d’une école, c’est son réseau d’anciens. Dès lors, comment animer le réseau Alumni dans le monde entier ? Autre défi : miser sur le monde francophone dans notre stratégie d’internationalisation. La langue française, ça marche bien, dans les pays historiquement proches mais aussi dans des nations intéressées par nous et l’Europe.

Gilbert

Gilbert
05.02.2013

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