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États-Unis. La révolte des étudiants endettés

La dette étudiante atteint 1 300 Mds $. Une bombe à retardement qui menace toute l’économie américaine.

La dette étudiante atteint 1 300 Mds$. Une bombe à retardement qui menace toute l’économie américaine. Beaucoup ne peuvent plus rembourser.

Lorsqu'elle pense à l’avenir, Joanie Evans a la gorge qui se noue. Dans un mois, lorsqu’elle sortira de l’université de Californie, elle n’aura pas le loisir de fêter ses diplômes. « Je dois trouver du travail ! » Issue d’un milieu très modeste, cette jeune femme de 24 ans a dû contracter un prêt de 170 000 $ (155 000 €) pour financer ses études de gestion et de sciences politiques. A partir de septembre, elle devra rembourser… 1 500 $ par mois ! « Je peux prétendre à un emploi payé 50 000 $ par an. Ce n’est pas beaucoup, vu le prix de mes études ! » Au stress de devoir trouver un travail s’ajoute la déprime ressentie face à un avenir grisâtre. « Je sais que pendant dix ans, je vais vivre chez ma grand-mère. Je n’achèterai pas de maison, je n’aurai pas d’enfant… »

Joanie fait partie de cette génération sacrifiée sur l’autel du profit.


Comme elle, 41 millions d’Américains ont souscrit un prêt pour payer leurs études, de 33 000 $ en moyenne. Mais, alors que les salaires ont stagné depuis trente ans, les frais de scolarité, eux, ont explosé : + 1 120 % depuis 1978. « Le gouvernement fédéral garantit les prêts des étudiants, et ils sont accordés selon le coût des études. Les universités ne sont donc pas encouragées à économiser. Même les écoles publiques font exploser leurs coûts », explique Judah Bellin, spécialiste de l’éducation au Manhattan Institute. « Les présidents se paient des salaires mirobolants, ils ont construit des campus luxueux, alors que les subventions de l’Etat ont fondu dans le même temps. »
Forcés d’embarquer dans ce train délirant, un tiers des emprunteurs est en retard de paiement. Et la colère monte. « Les jeunes refusent de sacrifier leur vie », s’emporte Ann Larson, l’une des responsables du récent mouvement Strike Debt (Grève de la dette, en français), lancé par des anciens d’Occupy Wall Street. Avec leur appui, plusieurs dizaines d’étudiants dont l’université a brutalement fermé au milieu de leurs études refusent de rembourser leurs prêts. Reçus mercredi à la Maison-Blanche, ils ont encore réclamé l’annulation de leur dette. « Si nous y arrivons, cela créera un précédent. Nous sommes à l’aube d’un mouvement… »

Conscient de l’urgence du problème, Barack Obama multiplie les mesures pour alléger le fardeau des anciens étudiants, comme le programme Pay as you earn, qui permet de limiter les remboursements à 10 % des revenus. « De la poudre aux yeux ! s’agace Judah Bellin. On prend l’argent sur les impôts, et cela ne règle en rien le problème de fond, qui est celui de l’explosion des coûts. Mais personne n’ose s’y attaquer. Les lobbys des universités sont puissants. » Et de nombreux diplômés chômeurs ou sous-employés restent au bord de la route. « La vérité, c’est qu’on fait des profits sur le dos des plus pauvres. Chaque année, les intérêts de la dette rapportent 43 Mds$ à l’Etat ! » s’emporte Josh Hoxie, directeur de l’Institut pour les études politiques de Boston.

Refuser de payer, est-ce la solution ? « Ça risque d’être pire pour beaucoup », redoute Judah Bellin. Une vingtaine d’Etats retirent leur licence de travail à ceux (infirmières, agents immobiliers…) qui ne remboursent pas, et le Montana, l’Iowa, le Tennessee leur confisquent carrément leur permis de conduire, achevant de les jeter au fond du trou. De nombreux économistes redoutent une crise économique à terme. Car une génération endettée, c’est une génération… qui ne consomme plus.

« Evitez Harvard, devenez plombier » Michael Bloomberg, ex-maire de New York


« Evitez Harvard, devenez plombier ». Ce conseil du milliardaire et ex-maire de New York Michael Bloomberg à la jeunesse américaine en a fait réfléchir plus d’un. En effet, les coûts de scolarité se sont littéralement envolés, pas seulement dans les prestigieux établissements privés. Si des études à Princeton ou Harvard coûtent 50 000 à 70 000 $ par an (soit 44 000 à 62 000 €), sans compter les frais de nourriture et de logement, les universités publiques réclament au minimum 9 000 $ annuels (8 000 €), même les moins bien classées.
Bloomberg a fait ses calculs : un plombier, aux Etats-Unis, est nettement mieux loti qu’un bibliothécaire : à salaire égal (49 000 $ par an, soit 44 000 €), l’un sera rémunéré pendant son apprentissage, quand l’autre devra payer au minimum 34 000 $ (30 000 €) sa formation, sans même la garantie de trouver un emploi.


Géraldine Woessner
New York (États-Unis) De notre correspondante


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Le Parisien
26.05.2015

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