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Etudes de Médecine. Faut-il supprimer le numerus clausus ?

Débat. La France n’a jamais compté autant de médecins, mais les besoins explosent. Or, en 2025, il y aura 10 % de généralistes en moins…

La France n’a jamais compté autant de médecins : 198 000. Mais, vieillissement de la population oblige, les besoins explosent. Or, en 2025, il y aura 10 % de généralistes en moins…

Par Daniel Rosenweg

La tension n’a jamais été aussi palpable. Mercredi dernier, 13 médecins urgentistes de l’hôpital d’Avignon (Vaucluse), soit 50 % de l’effectif, ont démissionné pour dénoncer les conditions de travail. Une semaine plus tôt, une majorité des personnels médicaux hospitaliers faisait grève pour les mêmes raisons. Pour s’éviter un nouveau mouvement de colère le 12 octobre, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, vient de lancer son « Plan pour l’attractivité de l’hôpital ».

Un plan du gouvernement pour relancer l'attractivité de l'hôpital"


A la clé, incitations financières et primes de fidélité… Mais malgré le « Pacte territoire santé » (2012), l’activité libérale en ville continue elle aussi à manquer de bras. Depuis 2007, les effectifs de généralistes ont fondu de 8 000 pour tomber à 89 000 en 2016. Malgré la multiplication des mesures, 30 % des effectifs médicaux restent vacants à l’hôpital tandis que le nombre de généralistes en ville chute encore.
Que faire ? Depuis 1971, le « numerus clausus » fixe le nombre de places ouvertes en 2 e année de médecine. Mais parmi les 7 646 postes ouverts en 2016, on sait que 25 % ne finiront pas leurs neuf ans d’études ou changeront de voie une fois diplômés (journalisme, administration…). Les incitations financières ne suffisant pas, ne faut-il pas explorer d’autres voies pour garantir l’accès durable de tous aux soins ?

OUI - "Fixer le nombre de places en médecine, cela n’a plus de sens"


Olivier Véran neurologue, ancien député, Ancien député (PS), auteur d’un rapport sur l’intérim à l’hôpital en 2013. Il est aujourd’hui conseiller régional en Auvergne-Rhône-Alpes

Vous proposez de faire sauter le numerus clausus qui existe depuis trente-cinq ans chez les médecins. Pourquoi ?


Olivier Véran. Fixer le nombre de places en médecine, cela n’a plus de sens à l’heure de la libre circulation des personnes en Europe. Un quart des nouveaux inscrits au tableau de l’ordre sont aujourd’hui diplômés hors de France; ce plafond ne remplit donc plus son rôle de régulateur. La France est d’ailleurs le dernier pays d’Europe à y recourir. Quant au numerus clausus, il n’a plus de sens au regard des besoins. En 2015, on a compté environ 6 700 diplômés alors que, lors de la création du numerus clausus en 1971 et jusqu’en 1977, 8 500 diplômés sortaient des facultés de médecine chaque année. La France ne comptait pourtant que 52 millions d’habitants, contre 66 aujourd’hui, et n’était pas encore confrontée au vieillissement de sa population et aux affections de longue durée.

Est-ce la raison pour laquelle on manque de médecins dans certaines zones ?


On a tout essayé pour régler le problème de l’offre médicale insuffisante, en ville comme à l’hôpital. Je salue au passage les mesures prises par Marisol Touraine, la ministre de la Santé. Mais elles n’ont pas tout réglé. Les listes d’attente pour voir un médecin s’allongent, des personnes renoncent aux soins faute d’offre médicale… y compris à Paris. En dix ans, le nombre d’actes en médecine libérale a baissé de 10 % alors que les besoins ne cessent d’augmenter. Il y a donc bien un problème.

Et comment le résoudre ?


Pas avec des mesures contraignantes, qui vont contre la liberté d’installation du médecin. Ça ne marche pas, on le sait. Ce qu’il faut, c’est faire du numerus clausus un objectif, non plus plafond, mais plancher ! Pour forcer les facultés à former des jeunes. C’est possible et facile avec les nouvelles techniques d’enseignement à distance. Plus on aura de diplômés, plus on les verra faire des stages en cabinets de ville. Et plus il y aura de médecins, plus ils iront travailler dans les lieux reculés. On l’a déjà constaté par le passé. Ça ne générera pas de surconsommation de soins, au contraire, car en soignant plus tôt on fait des économies. Enfin, ceux qui disent que ça n’aurait d’effet que dans dix ans n’ont déjà rien fait il y a dix ans quand on tirait la sonnette d’alarme…

NON - "Ce serait tenter d’apporter une réponse quantitative à un problème qualitatif"


Patrick Bouet Président du Conseil national de l'Ordre des médecins

Pourquoi défendez-vous mordicus le numerus clausus à l’entrée des études de médecine ?


Patrick Bouet. Parce que le supprimer ne réglerait rien ! Et augmenter le nombre de places en médecine ne donnerait de toute façon pas de résultats avant dix ans pour 75 % de l’effectif, voire quinze ans pour les étudiants de certaines spécialités. Ce serait tenter d’apporter une réponse quantitative à un problème qualitatif, celui de la répartition des médecins sur le territoire.

Mais la médecine de ville et l’hôpital ont besoin de praticiens supplémentaires…


Des médecins, nous n’en avons jamais eu autant. Et le numerus clausus a encore été relevé de plus de cent places à la rentrée. S’y ajoutent les nombreux diplômés formés à l’étranger, en Roumanie, en Belgique… et bientôt en Croatie et en Pologne, que nous accueillons conformément à la réglementation européenne sur l’équivalence des diplômes. Ces étudiants vont intégrer les épreuves classantes nationales, en fin de 6 e année. Le numerus clausus ne peut donc pas être un outil de régulation.

Quelles seraient alors les solutions ?


Le problème est de réussir à attirer de jeunes médecins là où il y a pénurie. Comment assurer le renouvellement des générations dans chaque territoire en tension ? Quels sont les besoins futurs de ces zones ? Il faut que les universités évaluent ces besoins et qu’ensuite elles professionnalisent leurs étudiants sur leur territoire.

Si l’on veut gagner cette bataille, il faut travailler avec la gouvernance des universités, les élus locaux, les conseils départementaux, les professionnels du secteur, afin de proposer à un maximum d’étudiants des stages dans ces territoires, en cabinet libéral, en maison de santé… partout où l’on manque de médecins. Et ceci pas uniquement pour les médecins généralistes, car on va manquer aussi de spécialistes.

Est-ce que cela ne se pratique pas déjà ?


Si, à certains endroits, et cela fonctionne ! La faculté de Toulouse a ainsi expérimenté de nouvelles pratiques pour pousser les étudiants à faire leurs stages en ville plutôt qu’à l’hôpital, sur des territoires en tension. Le taux d’installation de nouveaux médecins sur ces territoires a très significativement augmenté.



Daniel Rosenweg


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LE PARISIEN
10.10.2016

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