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Examens maintenus ou controle continu : incompréhension et inquiétude chez les étudiants

Si le gouvernement a annulé la tenue de partiels en présentiel pour le mois d’avril, il a autorisé plusieurs exceptions.

Arcueil, le 2 avril 2021. Maison des examens : les inquiétudes ne retombent pas chez les étudiants, qui réclament une évaluation par le biais du contrôle continu. Crédit photo : DR

Par Lucile Descamps

Les images ont fait le tour de Twitter. Des centaines d’étudiants, entassés dans des couloirs de la Maison des examens d’Arcueil, en attendant de passer une épreuve d’anglais, vendredi dernier. Outre des conditions sanitaires que les témoins ont qualifié d’inquiétantes, des élèves ont assuré qu’une absence justifiée - même en cas de contamination au Covid-19 ou de cas contact - entraînait un 0 et le passage direct par la case rattrapages. De quoi convaincre certains de venir malgré tout.



Le lendemain, ailleurs en France, d’autres épreuves - des examens blancs - ont réuni des centaines d’étudiants, nous rapporte-t-on. Ça a été le cas à l’Ecole de droit de la Sorbonne, mais aussi pour les étudiants en licence 3 de droit à l’Université de Picardie Jules Verne d’Amiens.

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Le jour même, samedi dernier, un décret publié dans le Journal Officiel annonçait que les examens devaient se dérouler à distance jusqu’au 2 mai inclus, sauf pour les « examens organisés pour la délivrance des diplômes sanctionnant les formations de santé ». Dans la foulée, une circulaire précisait que « les épreuves de contrôle continu organisées à l’occasion des enseignements de TD-TP en présentiel peuvent avoir lieu ».

Dès lors, les universités avaient deux choix : repousser les examens prévus pendant le mois d’avril, quitte à bouleverser tout le calendrier universitaire, ou transformer les épreuves afin qu’elles puissent être passées en distanciel.

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Impression d’incohérence


À en croire plusieurs témoignages d’étudiants, une troisième voie s’est ouverte : transformer les examens de fin d’année en épreuves de contrôle continu afin de pouvoir les faire passer en présentiel tout en respectant le cadre juridique. C’est ce qu’il s’est passé à l’UFR 27 (mathématique et informatique) de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. « La direction a annulé les partiels et décidé de tout transférer en contrôle continu afin de pouvoir faire du présentiel », nous affirme Augustin, membre du syndicat Poing Levé Paris-I.

Face à la mobilisation grandissante des étudiants, la première épreuve, qui devait se dérouler ce jeudi, a été annulée. D’autres sont prévues la semaine prochaine. « Les étudiants ne semblent pas inquiets », nous assure l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. « L’argument de la faculté, c’est de dire qu’elle fait ça pour garantir la qualité du diplôme, pour les étudiants », croit savoir Augustin. Mais du côté des étudiants, la vision est toute autre. Outre l’inquiétude sanitaire « pour eux et leur famille », il y a un sentiment « de mépris : aucun effort n’est fait pour la réouverture partielle des cours en présentiel et en parallèle on leur demande de venir se faire évaluer », rapporte l’étudiant, membre du Poing Levé. Alors que le gouvernement a annoncé, fin janvier, la possibilité de reprendre les cours au moins une fois par semaine sur les campus, de nombreux étudiants n’ont jamais eu cette possibilité, souvent faute d’organisation. De son côté, l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne nous affirme que « le retour en présentiel a bien eu lieu, autant pour les premières années que pour les autres niveaux ».

Même inquiétude et même impression d’incohérence chez Emma, en deuxième année de licence de langues (LLCE) à Angers. « Si on avait été présents en cours toute l’année, ça aurait été légitime de nous demander de venir pour les examens. Mais là, on a passé toute l’année à distance et il faut être en présentiel pour les épreuves » regrette celle qui se décrit elle-même comme « hyper stressée du Covid ». « Dans une épreuve de contrôle continu, même pour les TD, on peut être jusqu’à une centaine en même temps », rapporte-t-elle. « Quand on a reçu le mail nous expliquant que, puisqu’il s’agissait d’épreuves de contrôle continu et non d’examens de fin d’année, c’était autorisé, on s’est vraiment dit que l’université jouait sur les mots », déplore l’étudiante.

« Il n’est pas question de transformer un contrôle continu en « examen » pur et simple et de convoquer des étudiants bien au-delà du seul groupe de TD ou TP pour composer, à nombreux, dans un amphithéâtre par exemple », nous rappelle le ministère de l’Enseignement supérieur, pour qui il « s’agirait là d’un dévoiement de la circulaire et de l’esprit des dérogations qu’elle autorise ».

Incompréhension des étudiants en santé


D’autres facultés, déterminées à faire passer les examens en présentiel, ont décidé de décaler le calendrier et de les programmer à partir du 3 mai. Ce qui n’est pas sans conséquences sur les étudiants. Une élève de troisième année de licence de l’université d’Amiens nous explique qu’après les partiels, initialement prévus du 19 au 30 avril, une partie des étudiants partaient normalement en stage. Ils doivent désormais les décaler à une date inconnue. Même problématique pour les élèves de licence économie et gestion à Cergy-Pontoise. « On a reçu un mail pour nous dire que les partiels auraient lieu à partir du 2 mai au plus tôt », raconte Lila*, alors que les épreuves étaient prévues à partir du 12 avril et que la majorité des étudiants devaient partir en stage dès le 19. « Donc là, tout est en suspens : on dit aux entreprises qu’on ne sait pas quand on pourra commencer », regrette la jeune femme. « Ça peut poser problème à quelques étudiants, mais ça reste du cas par cas », affirme de son côté l’université CY Cergy-Pontoise, qui estime que des solutions « peuvent être trouvées avec les maîtres de stage ».

L’incompréhension s’est aussi emparée des étudiants en santé. « Ce qui est illogique, c’est qu’on bascule tout le monde en distanciel, sauf nous », constate Adrien Cazes, vice-président en charge de l’enseignement supérieur à l’ANEPF (Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France), faisant notamment référence au renforcement du télétravail et à la fermeture anticipée des établissements scolaires. Et en parallèle, « on rassemble une centaine d’étudiants en santé - on est en stage, en contact avec des patients et donc potentiellement plus en contact avec le virus - dans un amphithéâtre ». « Les étudiants de quatrième, cinquième et sixième année sont la moitié du temps en stage à l’hôpital… Les examens en présentiel vont engendrer un brassage qui n’est pas pertinent », abonde de son côté Morgane Gode-Henric, présidente de l’ANEMF (Association Nationale des Etudiants en Médecine de France), qui se réjouit tout de même que les concours et les examens classants se déroulent en présentiel.

Preuve qu’il est difficile de satisfaire tout le monde, Yann Carcel, vice-président en charge des affaires académiques à la FAGE, est pour sa part plus inquiet pour le distanciel que pour le présentiel. Parfois, les épreuves consistent en « un QCM de 15 minutes pour évaluer tout un semestre de cours, donc les facultés demandent de mettre la caméra, ce qui va à l’encontre des droits des étudiants », déplore-t-il. A l’université Rennes 1, on constate tout de même que l’idée de passer des épreuves à distance inquiète moins qu’au premier semestre.

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Du côté des facultés, les politiques varient. L’Université de Rennes 1 avait pris les devants et prévu de faire passer le gros de ses examens à distance. Pour les épreuves de contrôle continu planifiées au mois d’avril, seuls les étudiants qui ont pu reprendre des cours en présentiel passeront les examens sur place. Pour les autres, le distanciel prévaut, nous explique-t-on. A la Sorbonne-Université, on profite de la dérogation laissée aux étudiants en santé pour faire passer les épreuves de L.AS (Licence option accès Santé) en présentiel, le 17 avril. En revanche, du côté des arts, langues, lettres et sciences humaines et sociales, il a été décidé - bien avant les décisions gouvernementales - de mettre toutes les épreuves en distanciel. Du côté de l’Université de Picardie Jules Verne, on nous explique que chaque composante organise les modalités d’évaluation selon son choix, « dans le cadre des règles fixées par le gouvernement ».

*Le prénom a été modifié

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