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Médecine : les internes se font la main sur Cindy

A la fac Paris-Descartes, les étudiants en médecine ne font plus de dissection sur des cadavres mais travaillent sur des robots plus vrais que nature.

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Université Paris-Descartes. Ces hommes-troncs, aussi appelés fantômes, permettent de s'exercer à la pratique de certains gestes médicaux pointus tels que l'intubation que pratiquent ici des étudiants.

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Elle s'appelle Cindy. C’est écrit sur le bracelet d’hôpital plastifié qu’elle porte au poignet. Cindy Lauper même, référence potache à la chanteuse américaine des années 1980. Saisissante de réalisme, sous son drap de l’Assistance publique, avec sa charlotte sur les cheveux, cette Cindy-là ne chante pas.

Elle respire, ouvre les yeux, on peut sentir son pouls, écouter ses poumons et son cœur au stéthoscope, l’échographier, la piquer, la perfuser. Elle parle, répond aux questions — quand elle n’est pas évanouie — se plaint parfois, car elle peut souffrir de tous les maux : tousser, saigner, vomir, jusqu’à mourir sous les yeux d’étudiants qui n’auront plus qu’à passer en revue leurs erreurs… apprenant ainsi à ne plus jamais les reproduire au chevet d’un vrai malade.

Des mannequins haute-fidélité pour éviter des examens invasifs


Allongée à vie dans une fausse chambre d’hôpital aussi vraie que nature, au cinquième étage de la faculté de médecine Paris-Descartes, qui abrite trois autres « mannequins haute-fidélité » adultes, une femme enceinte, un nouveau-né et deux enfants, Cindy « personnifie » cet apprentissage que la ministre de la Santé veut voir se développer pour tous les étudiants en médecine. Recevant fin octobre le rapport des doyens de médecine, qui révélait l’ampleur préoccupante des examens invasifs (touchers vaginaux et rectaux notamment), réalisés « pour apprendre » sur des patients anesthésiés et sans leur consentement, Marisol Touraine a fixé comme objectif que tous les CHU soient équipés d’un centre de simulation en santé d’ici à 2017.

Encourager à faire des erreurs... pour apprendre !


ILumens, le laboratoire universitaire médical d’enseignement où est « hospitalisée » Cindy, a joué les précurseurs, se développant depuis 2007, et fait figure de Rolls-Royce du genre, vu l’ampleur de son équipement. Vraie-fausse salle d’accouchement et chambres truffées de caméras, jeux de rôle sur vidéos en 3D ou avec des comédiens… « Tous les étudiants de Descartes, Diderot et Paris-Nord passent ici plusieurs fois chaque année, sur des programmes élaborés en fonction de leur niveau de progression », explique le professeur Antoine Tesnière, directeur du département de simulation et président du conseil pédagogique de la faculté. On y apprend ainsi toutes les « premières fois ». « C’est plus rassurant, pour moi comme pour la patiente à qui je ne ferai pas mal », confie une jeune étudiante, qui vient de réaliser son premier examen gynécologique.

Ce jeudi matin, le centre grouille d’étudiants qui enchaînent les ateliers de gestes techniques délicats. L’une des grandes salles de cours offre ainsi un curieux décor de Frankenstein. Sous de fausses poches de sang, des bras tout aussi réalistes que ceux de Cindy, morceaux de mannequins qu’on appelle d’ailleurs des fantômes, s’alignent sur les tables, en attente de perfusion. Là, un professeur de l’hôpital Cochin montre comment piquer un fantôme d’épaule pour une anesthésie sous échographie : il faut s’assurer qu’on ne piquera ni un nerf ni une artère au passage. L’un après l’autre, les étudiants s’y colleront. Comme Hubert ou Jacques, ils entament leur deuxième année d’internat en anesthésie-réanimation. Malgré leurs études, « quand se présente une urgence, on reste toujours un peu spectateur », confient les deux internes. Ils avouent pour l’instant se sentir encore bien incapables de pratiquer une intubation difficile — tout juste apprise sur un homme-tronc fantôme — sur un vrai patient dont la vie se jouerait à la seconde.

Vidéo. Au coeur du centre d'entrainement des futurs...




L’avenir est aux simulateurs... pour tous les pros de la santé


« Avant, on apprenait sur des cadavres. Puis cela a été sur des patients. Demain, ce sera sur des simulateurs. » Le professeur Antoine Tesnière en est convaincu. S’il ne s’agit pas de balayer tout apprentissage au contact des vrais patients, parce que la médecine est aussi — et beaucoup — faite de rapports humains, « il faut faire en sorte que toutes les premières fois, ce soit sur des mannequins ».

Les centres de simulation ne sont pas d’ailleurs réservés qu’aux étudiants, mais sont ouverts à tout personnel de santé en exercice. « Nouveaux outils, nouveau matériel… la moitié change tous les cinq ans et le progrès médical ne se conçoit qui si l’on apprend les gestes qui vont avec. » Des équipes du Samu de Paris sont ainsi venues s’entraîner sur de nouvelles stratégies de prise en charge des arrêts cardiaques. « La simulation permet aussi d’améliorer la sécurité des soins comme elle a permis d’améliorer la sécurité aéronautique », sourit le médecin. Les CHU d’Angers, Toulouse, Brest, Nice, Nancy, Lyon sont déjà équipés de centres de simulation. Lille est en cours d’équipement.

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Claudine Proust
10.11.2015

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