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Fiche métier : Informaticiens en mission, attention aux conditions

Les informaticiens en régie sont éloignés de leur employeur et mêlés à des salariés dont ils ne partagent pas les statuts.

Les jeunes diplômés ingénieurs informaticiens y sont très souvent confrontés pour leurs premières expériences : les agences SSII proposent des missions intégrées chez un client avec des conditions de travail pas forcement évidentes à gérer. Vous travaillerez dans une entreprise mais embauché et payé par la SSII...

La régie, une spécificité bien française dans le monde de l’informatique… Elle consiste, pour une société de services en ingénierie informatique (SSII), à mettre à disposition de ses clients du personnel qualifié pour une durée déterminée, allant de quelques semaines à plusieurs mois…voire plusieurs années.
Théoriquement du moins, il s’agit pour l’entreprise cliente de pouvoir disposer de compétences et de savoir-faire qu’elle n’a pas en interne.

Dans les faits, il en va parfois différemment. « Ce sont souvent de jeunes diplômés autonomes que l’on place en régie. Il leur est impossible de transmettre une quelconque expertise puisqu’ils n’ont pas eu le temps de l’assimiler », remarque Régis Granarolo, président du Munci, association professionnelle du secteur informatique.
«L’externalisation n’a pas seulement pour objet de se recentrer sur son coeur de métier, mais aussi de s’assurer davantage de flexibilité. Il est en effet plus simple de mettre fin à un contrat avec un sous-traitant que de licencier un ou plusieurs salariés. Souvent, cela s’apparente à de l’intérim déguisé, voire à du prêt illicite de main-d’oeuvre », poursuit le président du Munci, qui constate néanmoins une amélioration des pratiques, notamment dans le suivi des collaborateurs.

Il n’empêche, les récriminations sont nombreuses pour les informaticiens dans cette situation. Isolement, manque de communication avec l’employeur, subordination de fait à l’entreprise cliente, salaires moins élevés… quelques SSII tentent de résoudre ces problématiques, à l’image d’Octo Technology, arrivée pour la seconde année d’affilée première au palmarès Great Place to Work (un classement des entreprises dans lesquelles il fait bon travailler) dans la catégorie des moins de 500 salariés.
Cette société parisienne comptant 160 employés a institué plusieurs « rituels » destinés à maintenir le lien avec ses salariés travaillant au quotidien dans les locaux de ses clients : rendez-vous hebdomadaire avec le manageur, réunion mensuelle des pôles d’expertise suivie d’une sortie (restaurant, activité sportive…), mailing list destinée aux échanges entre salariés sur des sujets techniques…
«Nous avons mis en place un kifomètre, destiné à mesurer chaque mois l’humeur des collaborateurs », indique Isabelle Marcé, directrice des ressources humaines.

Mais comment faire lorsque les pratiques de son employeur ne sont pas aussi vertueuses ? «Dans ce cas, c’est au salarié lui-même de prendre les choses en main », conseille Isabelle Marcé.
Par exemple en réalisant un compte-rendu hebdomadaire de l’avancement de sa mission, mentionnant autant les succès que les difficultés rencontrées. « Ainsi, informée régulièrement, il sera difficile à la hiérarchie de jouer l’étonnée en cas de problème », assure Isabelle Marcé.

Et si la mission ne convient pas au collaborateur ? « D’abord, il faut en expliquer les raisons et, plutôt que d’exiger d’en changer dans les plus brefs délais, ce qui n’est pas toujours possible, mieux vaut proposer des solutions », recommande Isabelle Marcé.
Proposer un délai de quelques semaines et documenter son travail afin que son successeur puisse prendre le relais dans de bonnes conditions en est une. En espérant que ces tentatives pour nouer des relations plus étroites avec son employeur seront suivies d’effet.

TEMOIGNAGE

Stéphane*, 38 ans, ancien technicien informatique dans une SSII
«Je n’avais droit à aucun des avantages de la société dans laquelle j’intervenais »


Autodidacte de l’informatique, Stéphane est engagé en 1999 en CDI comme technicien par une petite SSII francilienne qui l’envoie, dès son embauche, travailler dans la salle de marché d’une grande banque française. Il va y rester dix ans, avant que sa mission ne prenne fin du jour au lendemain, en 2009.

«J’avais demandé plusieurs fois à être engagé directement par la banque, mais la direction des ressources humaines s’y est toujours opposée, arguant du fait que je n’avais pas de diplôme en informatique.
En revanche, personne ne voyait d’inconvénient à ce que je forme les informaticiens nouvellement recrutés aux procédures très particulières liées à l’activité de trading !
Un jour, on m’a signifié la fin de ma mission et on m’a demandé de rendre dans l’instant mon badge d’accès, raconte l’informaticien. Travailler en régie présente de nombreux inconvénients.
Les salariés de SSII n’ont droit à aucun des avantages de la société dans laquelle ils interviennent, même lorsqu’il s’agit de missions de longue durée.
Sans parler des primes, des prêts immobiliers avantageux et autres offres du CE. Je n’avais accès ni au restaurant d’entreprise ni à la médiathèque. Idem pour le choix de mes jours de congés : considéré comme une variable d’ajustement, je passais toujours en dernier.»

Une action devant les prud’hommes
Autre différence de taille, la rémunération. « Mon salaire annuel était d’environ 28 000 € brut tandis que celui des salariés de la banque au même niveau que moi tournait autour de 35 000 €. »
Après avoir accepté une nouvelle mission pour le compte de la SSII, il choisit fin 2010 de la quitter par le biais d’une rupture conventionnelle.
Il a aussi pris un avocat et engagé une action devant les prud’hommes contre la banque où il a passé dix années.
Pour ne pas aller jusqu’au procès, celle-ci a préféré engager une négociation et lui verser des indemnités en dédommagement.
*Le prénom du témoin a été modifié.


Dossier réalisé par Jean-Marc Engelhard
Article paru dans le Parisien Economie, édition du 29 mai 2012

EN SAVOIR PLUS :
À LIRE
- « Derrière l’écran de la révolution sociale », de Nicolas Séné, ResPublica Editions, 2010, 182 pages.14,90€.
À CONSULTER
- La convention collective des sociétés de services en ingénierie informatique sur le site du syndicat
professionnel Syntec numérique : www.syntec.fr/content/view/10/16
- Des informations pratiques, des conseils et des forums d’échanges sur le site de l’association
professionnelle d’informaticiens Munci (Mouvement pour une union nationale et collégiale des informaticiens) : munci.org

Métiers liés : Développeur informatique, Consultant, Consultant IT,


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LE PARISIEN
05.06.2012

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