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Handicap, bachelor, étudiants étrangers... Les Grandes écoles à l'heure de l'ouverture

Interview d'Anne-Lucie Wack : Présidente de la Conférence des Grandes écoles qui vient de signer une charte sur l'accueil des personnes handicapées.

Au moment où la Conférence des grandes écoles (CGE) se fixe de nouveaux objectifs ambitieux sur l’accueil d’étudiants en situation de handicap, Anne-Lucie Wack, la Présidente, revient sur le rôle de ces institutions incontournables de notre enseignement supérieur.

Vous venez de signer avec Frédérique Vidal et Sophie Cluzel, une charte sur le handicap. Pourquoi ?

Frédérique Vidal est Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation et Sophie Cluzel est Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées

La CGE a signé en réalité la deuxième charte du handicap dans les Grandes écoles. Depuis dix ans, date de la première charte, il y a eu beaucoup d’avancées, mais nous voulons aller encore plus loin car de plus en plus de jeunes souhaitent intégrer nos établissements. Aujourd’hui, nous accueillons 1,1 % d’étudiants en situation de handicap (soit environ 4000 étudiants sur les 360 000 étudiants en Grandes écoles). Mais avec un taux de croissance de 13% par an des étudiants en situation de handicap dans le supérieur, nous devons en accueillir plus, et favoriser leur implication dans la vie étudiante et les activités sportives, ainsi que leur mobilité internationale. L’enjeu est aussi de former et sensibiliser tous nos étudiants, qui seront en situation de responsabilité demain dans les entreprises, à la réalité et aux enjeux d’une société plus inclusive.

Vous revendiquez un rôle majeur des Grandes écoles dans l’enseignement supérieur français. Qu’en est-il exactement ?

Les 210 Grandes écoles françaises de la CGE sont des écoles d’ingénieurs, management, architecture, sciences-po, ou écoles d’autres spécialités . Ces Grandes écoles, parmi lesquelles les plus connues comme HEC, Polytechnique, ou l’ENA, sont implantées dans tous les territoires. Elles sont des acteurs de poids de l’enseignement supérieur, puisqu’elles forment 43% des diplômés Bac + 5 (avec grade de master) en France chaque année. Nos diplômés sont embauchés par tous les types d’entreprises - 40% dans par les TPE et PME, 30% dans les entreprise de taille intermédiaire (ETI) et 30% dans les grands groupes. Et de plus en plus de nos diplômés se lancent dans l’entrepreuneuriat. Cette diversité des Grandes écoles et de leurs débouchés est souvent méconnue.

Vous considérez d’ailleurs que les Grandes écoles sont trop critiquées en France, alors qu’elles sont reconnues dans le monde entier.

Le modèle grande école est très performant, il existe depuis plus de 200 ans et a toujours su s’adapter en maitenant au plus haut ses indicateurs de performance, sur l’insertion professionnelle des diplômés, le lien à l’entreprise, la recherche, l’innovation, ou l’international. Les grandes écoles accueillent 20 à 30% d’étudiants internationaux, elles développent des dizaines de campus à l’étranger, et sont très reconnues à l’international, comme les écoles de management qui sont dans le top du classement du Financial Times. Et paradoxalement elles apparaissent parfois méconnues ou injustement critiquées dans leur propre pays. Le manque d’information ou les idées fausses parfois véhiculées accentuent les phénomènes d’auto-censure chez les jeunes des milieux moins favorisés, souvent moins bien informés, et nuisent à l’ouverture sociale. Prenons un exemple : qui sait que les Grandes écoles ne recrutent pas majoritairement sur classe prépa, et que 60% des étudiants intègrent nos institutions après bac ou en admission parallèle ? Qui sait que 60% des grandes écoles sont publiques avec des droits d’inscription modérés et sont gratuites pour les boursiers. Idem pour les classes prépas qui sont à 90% publiques. Et qui sait tout ce que les écoles de management proposent comme dispositifs de bourses et d’exonération, ou de financement par l’apprentissage, pour favoriser l’ouverture sociale ?

L’ouverture sociale est un sujet clé ?

Une majorité des écoles membres de la CGE accueillent plus de 30% de boursiers sur critères sociaux, voire 40% dans de nombreuses écoles. Sans compter les étudiants, en nombre croissant, qui font leur cursus en apprentissage, et ne rentrent plus dans les statistiques de boursiers car il sont salariés pendant leur cursus.
Mais renforcer l’ouverture sociale reste un défi clé pour tout l’enseignement supérieur français, qui ne joue pas suffisamment son rôle pour favoriser la mixité sociale. C’est ce que l’on appelle l’écart social de diplomation : en clair, un enfant de cadre a plus de chance de décrocher un bac+5 qu’un enfant d’ouvrier. C’est vrai pour les Grandes écoles comme pour les universités, et notamment au niveau bac+5 dans les formations porteuses d’emploi.

En ce qui concerne l’apprentissage : aurez-vous les moyens de développer ce dispositif à l’heure où sont discutés les financements?

C’est un enjeu considérable pour les Grandes écoles, et pour tout l’enseignement supérieur, car c’est un nouveau modèle pédagogique, un nouveau modèle d’excellence et d’insertion professionnelle, un nouveau modèle de lien à l’entreprise et un levier pour l’ouverture sociale. C’est pour cette raison que nous souhaitons passer de 15 % à 25 % le pourcentage de diplômés via ce dispositif. Or, la nouvelle loi ne précise pas les montants de prise en charge du contrat. Nous devons attendre les décrets d’application pour connaître ces montants. Attention : nos contrats d’apprentissage devront être financés à une hauteur raisonnable, sinon les écoles devront se désengager de l’apprentissage. Ce serait bien entendu très dommageable.

Le bachelor représente un autre sujet pour la CGE : quel est le problème ?

Le bachelor est le diplôme roi à l’international. Ce niveau bac +3 ou bac+4 est le sésame pour entrer sur le marché du travail dans tous les pays. Or, en France, nous proposons des licences générales, conçues pour de la poursuite d’études, des licences pros ou encore des bac+2 (BTS, DUT). Les entreprises réclament pourtant ces profils de bachelor ainsi que les familles. Nous demandons donc à l’Etat la possibilité d’une reconnaissance officielle des cursus de bachelor par un grade de licence, pour les cursus qui feront la preuve de leur qualité.

La hausse des droits d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers est un autre point délicat : quelle est votre position ?

Les droits d’inscription, comme la sélection, sont des sujets tabous qui génèrent beaucoup d’émotions et empêchent des débats sereins, pourtant nécessaires. Sachant que 65 % des étudiants sont déjà dans des voies dites sélectives, université et grandes écoles confondues, la question n’est pas d’être « pour ou contre » la sélection, mais plutôt de savoir comment bien orienter les jeunes en fonction de leurs aspirations, et leur donner à tous les chances d’accéder à l’enseignement supérieur et de réussir. De la même façon, en ce qui concerne les droits d’inscription, on voit des levées de boucliers dès qu’on en parle. Or, les tarifs différenciés existent déjà dans le supérieur y compris pour des diplômes d’université. A horizon 2025-2027 il est prévu d’accueillir plus de 3 millions d’étudiants dans l’enseignement supérieur en France, et près de 200 000 étudiants internationaux supplémentaires. La question qui se pose est donc : qui financera dans les années à venir ce système alors que les ressources publiques sont limitées ? Un mode plus redistributif consiste à faire payer plus ce qui le peuvent pour pouvoir accueillir plus généreusement ceux qui en ont le plus besoin. C’est une idée logique et juste qui a pourtant du mal à passer.


Propos recueillis par Gilbert Azoulay


Gilbert

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22.02.2019

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