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Handicap : l'enseignement supérieur s'adapte

Depuis 6 ans, le nombre d'étudiants handicapés a augmenté d'un tiers. Ils ne sont plus cantonnés dans des établissements spécialisés.

Depuis 2005, le nombre d’étudiants handicapés a progressé d’un tiers. Jadis cantonnés dans des établissements spécialisés, ils sont aujourd’hui encouragés à côtoyer les étudiants « ordinaires ».

A l’université, dans les grandes écoles, dans les IUT, 11000 étudiants handicapés poursuivent des études supérieures en France. A Sciences-po, ils sont 68 cette année contre… 15, il y a quatre ans.
Ce qui a changé ? « Les moyens mis en œuvre et la mobilisation de toute l’école, affirme Claire Secondé, de la mission handicap de l’établissement. Quel que soit son handicap, un étudiant qui en a les capacités doit pouvoir intégrer Sciences-po et y poursuivre ses études, faire un séjour à l’étranger, comme n’importe quel étudiant. »

Cela commence dès l’inscription au concours. S’il coche la case « handicap » du formulaire, le candidat est contacté par l’école pour mettre en place les aménagements dont il pourra avoir besoin lors des examens : une durée de temps supplémentaire, ordinateur grand écran pour les malvoyants, sujets en braille, « secrétaire » pour les étudiants qui ne peuvent rédiger eux-mêmes… S’il est reçu, l’étudiant bénéficiera de la même assistance tout au long de ses études.

Copies en braille, enregistrements des cours...

Il ne s’agit pas d’une démarche isolée : depuis trois ans, toutes les universités et les grandes écoles se sont dotées d’une mission handicap chargée de faciliter l’admission et les études des élèves handicapés. Mais toutes n’ont pas les moyens de Sciences-po. Certains fournissent des documents pédagogiques (polycopiés agrandis, copies en braille, enregistrements des cours…), prêtent du matériel adapté (ordinateurs, logiciels de reconnaissance vocale…) ou proposent des aides « humaines » : assistants pour prendre des notes ou effectuer des recherches, interprètes en langue des signes, auxiliaires de soins… Une année peut être étalée sur deux ans ou plus, des dispenses de cours sont même possibles pour les étudiants ayant de grandes difficultés à se déplacer.

Malgré ces efforts, et même si leur nombre progresse, les étudiants handicapés sont encore peu nombreux : 0,5% des 2,3 millions d’étudiants que compte la France, alors qu’ils représentent près de 8% de la population active. « Lorsqu’ils obtiennent le bac, les jeunes handicapés hésitent à s’engager dans des études longues et difficiles, constate Nathalie Bertin-Boussu, référent handicap à Sup de co Amiens (Somme). Le parcours classe préparatoire plus concours des écoles de commerce peut leur sembler insurmontable. »

Pour contourner l’obstacle, 17 écoles regroupées sous la bannière Passerelle ESC, viennent de mettre au point un concours spécifique accessible dès le bac et permettant à terme d’intégrer une école de commerce pour obtenir une formation bac + 5 en évitant la case prépa.

S’il est important que les étudiants handicapés se fassent connaître le plus tôt possible à l’administration pour bénéficier des aménagements, la tâche n’est pas toujours facile. Quand leur handicap n’est pas visible, certains préfèrent le cacher. « Un étudiant en difficulté a longtemps hésité avant de nous apprendre qu’il souffrait d’une très forte dyslexie, raconte Nathalie Bertin-Boussu. Il reçoit désormais les cours à l’avance, ce qui lui permet de se concentrer sur l’écoute et pas sur la prise de notes en classe. Nous lui avons fourni un logiciel de reconnaissance vocale et il dispose d’un secrétaire pour l’aider à rédiger lors des examens. » Et tout se passe beaucoup mieux pour lui.

Consultez aussi : Handicap : des écoles et universités exemplaires

3 questions à...
Camille GALAP,
Président de l'université du Havre, représentant handicap de la Conférence des présidents d'université.


"Le handicap n'empêche plus de poursuivre des études"

Le nombre d’étudiants handicapés progresse-t-il ?
Il a doublé en dix ans. L’effet de la loi de 2005 sur l’égalité des chances est très visible : elle a incité les universités à s’adapter pour améliorer l’intégration des personnes présentant un handicap, aujourd’hui de plus en plus nombreuses à poursuivre des études. C’est un réel progrès même si c’est encore peu.

Comment se passe leur accueil ?
Toutes les universités disposent désormais d’une mission handicap. Il s’agit d’un « guichet unique » qui informe et assiste l’étudiant qui n’a plus à errer d’un service à l’autre. En liaison avec les services médicaux, la mission évalue ses besoins et lui propose les aides adaptées : documents en braille, assistants pour la prise de notes, interprètes en langue des signes, « aides de vie » pour les soins, les repas… Des dispenses de cours sont envisageables.

Que faudrait-il améliorer ?
Malgré les efforts pour installer des rampes et des ascenseurs, l’accessibilité est parfois un vrai problème, notamment sur les campus éclatés où les trajets d’un bâtiment à l’autre ne sont pas évidents. On manque parfois de moyens pour acquérir des équipements spécialisés. Mais l’enjeu dépasse le cadre universitaire : le logement, le transport, la vie culturelle et sportive, les loisirs sont concernés. Tous les acteurs doivent se concerter pour offrir aux personnes présentant un handicap une vie sociale comparable à celle de tous les étudiants.


Stéphane COURTOIS,
19 ans, étudiant en deuxième année à Sciences-po Paris


"Le droit d'avoir de l'ambition"

« Sciences-po, c’est très ambitieux pour tout le monde mais dans mon cas, ça le semblait encore plus. Des études scientifiques m’auraient plu, mais elles demandent une bonne capacité d’analyse visuelle et je suis malvoyant à 90%. J’ai donc contacté l’école dès le début de ma terminale S, à Lille. On m’a assuré que tous les aménagements dont j’avais besoin seraient prêts pour le concours, puis pour les études. Je me suis senti soutenu. Il a fallu énormément travailler : en plus de la terminale, je suivais une prépa en ligne et une autre prépa pendant les vacances scolaires. C’était dur. Pour les épreuves, j’ai bénéficié d’un tiers de temps supplémentaire et d’un ordinateur pour rédiger. Nous étions nombreux à jouir d’aménagements et à passer le concours dans une pièce à part. Et j’ai été reçu !

A Sciences-po, je me suis tout de suite senti pris en considération, moins noyé dans le système qu’au lycée. Les profs nous reçoivent pour tenter d’aplanir les difficultés, trois étudiants de 4e et 5e années m’assistent pour les recherches ou la prise de notes, on nous fournit du matériel adapté et même un ordinateur spécialisé. C’est un environnement très privilégié. Le premier semestre a pourtant été difficile, moins à cause de ma malvoyance que du rythme de travail exigé : pour marquer la rupture avec le lycée, les profs mettent la pression dès le départ et cela surprend tous les étudiants, avec ou sans handicap.

Plus tard, j’aimerais faire du droit international, et peut-être travailler pour le ministère des Affaires étrangères. Après avoir réussi ce concours, je me sens le droit d’avoir de l’ambition… »


EN SAVOIR PLUS
A consulter
- Le site Handi-u (ministère de l'Enseignement supérieur) propose une liste complète des établissements (universités, grandes écoles...) avec les contacts des missions handicaps, les services proposés...Indispensable.
www.handi-u.fr
- Le site de l'Onisep avec beaucoup de témoignages d'étudiants et de professionnels handicapés.
www.onisep.fr

Dossier réalisé par Renaud Lefebvre
Article paru dans Le Parisien Économie du lundi 14 novembre 2011


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15.11.2011

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