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HEC, ESSEC, ESCP : pourquoi leurs frais de scolarité ont explosé
Les écoles de commerce de la CCI Paris figurent parmi les meilleures en France et les plus convoitées… et les plus chères.
Dans un récent rapport, la Chambre régionale des comptes pointe une augmentation excessive des frais de scolarité d’HEC, de l’Essec et de l’ESCP, au détriment de l’égalité des chances.

Leurs frais de scolarité ont augmenté de 70% depuis 2007, notamment en raison de lourds investissements, mais pas seulement... Décryptage.


Par Julie Ménard

« J'ai fait un prêt de 50 000 euros pour payer mes études et mon logement. » Originaire de Bretagne, Mathilde entame sa troisième année à l'ESSEC Business School de Cergy (Val-d'Oise). Engagée dans un cursus de quatre ans, elle a opté pour l'alternance sur deux ans, afin que son patron finance la moitié de sa formation. « J'aimerais bien faire un master ensuite mais je suis sûre de ne pas le faire ici car ça coûte trop cher. »

Comme beaucoup d'étudiants de son âge, Mathilde a fait le choix de s'endetter pour intégrer l'école qu'elle convoite. Reconnue sur la scène internationale, l'ESSEC lui garantit un réseau professionnel fait d'anciens élèves et une bonne réputation sur le marché du travail.

Des frais de scolarité annuels de 17 000 à 18 000 euros


Dans tous les classements des écoles de commerce de France pour l'année 2020, HEC (Jouy-en-Josas, Yvelines), l'ESSEC et l'ESCP (Paris XIe) sont en pôle position. Elles sont gérées par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Paris Ile-de-France. Mais elles sont aussi sensiblement plus chères que leurs concurrentes. En moyenne, il faut compter entre 17 000 et 18 000 euros l'année pour s'inscrire dans l'une de ces trois écoles. Lorsque l'EM Lyon, l'EDHEC, ou encore la Skema Business School, classées aux rangs suivants, coûtent entre 14 000 et 15 000 euros par an.

La différence peut sembler raisonnable. « Franchement, on ne trouve pas que l'ESSEC soit beaucoup plus chère que les autres écoles de commerce, estiment Tarang, Kashish et Mouyiz, des étudiants indiens en première année. C'est même plutôt dans la moyenne quand on voit les tarifs aux Etats-Unis ou ailleurs. »

Depuis 2007, une augmentation de 70 %


Mais pour la Chambre régionale des comptes (CRC) d'Ile-de-France ces frais de scolarité élevés posent un souci d'égalité des chances à intégrer ces écoles. Dans un rapport publié fin septembre, l'instance somme la CCI Paris de « veiller à ce que le développement de systèmes de bourses, de prêts ou d'apprentissage atténue l'impact défavorable des frais de scolarité sur la diversité sociale des élèves ».

Elle s'appuie notamment sur un comparatif : depuis 2007, les coûts des écoles de commerce françaises ont augmenté de 7 % à 20 % en moyenne. Or sur cette même période, les frais de scolarité ont bondi de plus de 70 % pour HEC et l'ESSEC, et de 50 % pour l'ESCP.

En cause : des investissements lourds et… une baisse des dotations de l'Etat



Pour expliquer cette évolution, la Chambre de commerce et d'industrie d'Ile-de-France mentionne les « besoins d'investissements extrêmement lourds dans le digital, la production et la recherche ». Afin de rester compétitif sur le marché mondial, il faut être à la pointe de la technologie, attirer les meilleurs professeurs et proposer des cursus toujours plus internationaux. Elle évoque aussi les baisses de dotations de l'Etat. « Depuis 2013, on a perdu 70 % des ressources de financement, explique Jean-Luc Neyraut, directeur de l'enseignement à la CCI Paris. Nous avons signé un contrat d'objectif et de performance qui indique que d'ici fin 2021, il n'y aura plus aucun financement public pour ces écoles. »

Mais pour Bercy, ce raccourci entre les baisses de dotations et les augmentations des frais de scolarité est trop rapide. « Le choix est souverain dans chacune des administrations de ces écoles de compenser ces subventions, nous indique-t-on au cabinet d'Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l'Economie. Les écoles privées d'enseignement supérieur ont vocation à trouver elles-mêmes leur financement. Certaines y arrivent très bien sans que ça se répercute sur les frais de scolarité. »

Une politique active en faveur de la mixité sociale


Quoi qu'il en soit, la CCI développe depuis des années des solutions pour attirer des étudiants de toutes les classes sociales. Sollicitée par le Ministère de l'enseignement supérieur en 2019 sur cette question de l'égalité des chances, elle met les bouchées doubles sur le recrutement des élèves en classe préparatoire. « Notre travail est de donner le potentiel à tous d'intégrer une classe préparatoire, reprend Jean-Luc Neyraut. Il y a beaucoup d'autocensure de la part des jeunes qui ne sont pas dans un lycée élitiste. »

Une fois admis en classe préparatoire, le directeur de l'enseignement à la CCI Paris assure que peu importe la situation économique de l'étudiant, il n'aura aucun mal à financer son cursus. Car l'admission dans cette classe lui permet de passer les concours gratuitement. S'il est boursier, il ne payera rien de sa scolarité. S'il ne l'est pas, il peut demander un prêt à taux zéro auprès d'une banque partenaire de la CCI Paris. « Il y a aussi des programmes d'apprentissage ou de stage pour les frais de la vie quotidienne. »

Cette année, HEC accueille environ 18 % d'élèves boursiers dans ses effectifs, l'ESSEC 22 %. D'ici trois ans, la CCI Paris s'engage à atteindre des taux de 25 % et 27 % respectivement dans chacune de ces écoles.

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Par LE PARISIEN - Le 23.11.2020