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Inscriptions dans le supérieur : les sans-fac attirés par le privé

Bondées, les universités peinent à absorber la totalité des bacheliers dans certaines filières. Une aubaine pour des structures payantes...

Un choc démographique que l'université n'arrive pas à absorber : il y a entre 30 000 et 50 000 étudiants supplémentaires par an. C’est l’équivalent en effectifs de deux universités moyennes, sans qu’il s’en crée aucune. Cette croissance entraîne des problèmes en termes de locaux, d’enseignants et de personnels...

Marie voudrait devenir avocate, depuis des années. Quand elle a décroché son bac ES en juin, mention bien, elle pensait sa voie toute tracée vers une première année de droit à la fac. Mais pour Marie, tout va de travers. Assas, Nanterre, la Sorbonne : aucune des universités d’Ile-de-France où elle a postulé ne l’a acceptée, faute de places.
La seule réponse favorable émane d’un institut privé, la Faculté libre de droit, qui facture 7 000 € l’année de cours. Sans trop savoir comment elle rassemblera l’argent, la jeune fille a dit oui. Elle est furieuse « que le système mette les bâtons dans les roues des rares étudiants qui savent exactement ce qu’ils veulent faire plus tard ».

Marie n’est pas la seule qui, devant les portes fermées de l’université publique, se résout à passer par la fenêtre du privé. Dans les filières Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), en psychologie, en droit, la fac peine à absorber la demande.

Actuellement, 7 500 bacheliers sont sans affectation pour la rentrée.


Le ministère a promis une solution pour chacun de ces naufragés du système, dans leurs académies respectives, mais l’organisation étudiante Unef s’inquiète. « Il ne s’agit pas seulement d’assurer une place en fac à chacun : encore faut-il que la filière où se retrouvent les étudiants corresponde à ce qu’ils veulent faire », réclame William Martinet, le président de l’Unef.

Marie espère un miracle. D’autres s’inscrivent dans ces écoles post-bac ultra marketées, qui peuplent les salons de l’orientation et recrutent leurs étudiants jusque tard en septembre avec un succès croissant. Selon l’association étudiante Fage, « la part d’étudiants inscrits dans des formations privées a progressé de près de 4 points, passant de 14,6 % à 18 % ces dix dernières années ».

Au rayon psycho, la Sigmund Freud University (SFU) a ouvert à Paris il y a sept ans. « Nous avons beaucoup plus de demandes d’inscriptions cette année, et depuis trois ans nous accueillons de plus en plus de jeunes qui sortent du bac et plus seulement des gens en reconversion », constate sa directrice, Nicole Aknin. Même si les bachelors et les mastères de la SFU ne permettent pas d’accéder au titre officiel de psychologue, les étudiants de l’école valident des crédits ECTS, sorte de « monnaie européenne » de formation universitaire, qui autorise des équivalences et des passerelles vers d’autres établissements de l’enseignement supérieur.

Les réorientations non prioritaires


Marc, qui vient de postuler à la Sigmund Freud University et à deux autres écoles privées, espère rebondir de cette manière. Après une prépa et deux ans à l’école de commerce plutôt réputée de Grenoble (à 11 000 € l’année), ce jeune homme de 23 ans a tout plaqué pour le divan. C’est décidé, il sera psy. Mais malgré un dossier scolaire solide, aucune université parisienne ne l’a admis, car les jeunes qui se réorientent, comme lui, sont servis après les bacheliers de l’année, s’il reste de la place. Il n’en restait pas.

Quelle que soit l’école que Marc choisira, elle lui coûtera entre 5 000 et 10 000 € l’année. Ses parents ont accepté de lui accorder « un prêt à taux zéro », qu’il rembourse avec son petit boulot de vendeur en boulangerie. « J’espère rebifurquer en deuxième année à la fac l’année prochaine », confie-t-il. Il croise les doigts pour que son plan B fonctionne. C’est sa dernière cartouche.

Consultez aussi


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En master aussi…


Il n’y a pas qu’en première année que certains étudiants voient les portes de la fac se fermer sous leur nez. Dans certaines filières, comme en droit, le passage de master  1 à master 2 n’est pas automatique et fait même l’objet d’une sélection draconienne. « C’est comme si l’hôpital se mettait à choisir ses malades ! s’agace Alexandre Leroy, le président du syndicat étudiant Fage. Il y a une velléité d’une partie de la communauté universitaire de sélectionner ses étudiants, alors que le modèle français est celui du service public. Il devrait accueillir tout le monde. »
Plusieurs étudiants refusés à la porte du M2, le diplôme qui couronne cinq ans d’études universitaires et sert de sésame pour le marché du travail, ont déposé cet été des recours devant les tribunaux administratifs, à Paris, Nice ou Grenoble. Ils devraient être examinés dans les prochains jours.


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LE PARISIEN
25.08.2015

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