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L'expression orale retrouve ses lettres de noblesse
Nouvelle épreuve du bac, exercice de vulgarisation à la fac, présentation éclair de thèse… Plus que jamais, l’éloquence est un atout pour réussir.
La nef du Panthéon se métamorphose ce vendredi en agora. Six étudiants vont se disputer le titre de « meilleur orateur de France » dans le cadre de la finale nationale du concours Eloquentia qui met à l’honneur les tchatcheurs les plus brillants de six universités hexagonales. Une joute oratoire dans l’air du temps. Car désormais, la prise de parole en public est encouragée et valorisée.

Après avoir longtemps été sacrifiée au profit de l’écrit, l’expression orale retrouve ses lettres de noblesse au pays des tribuns Desmoulins, Hugo, Jaurès ou de Gaulle mais aussi des pionnières des cercles littéraires qui ont fait de la conversation à la française un art de vivre. Une petite révolution, qui n’a pas encore fait beaucoup de bruit, s’annonce même dans les salles de classe, celles où, d’ordinaire, on apprend plutôt aux élèves à se taire.

Au programme de l’Education nationale



Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, l’a promis il y a quelques semaines : à compter de la rentrée 2019, tous les 3e bénéficieront d’une demi-heure supplémentaire de français (l’horaire passe à 4h30 par semaine) consacrée à un « enseignement hebdomadaire d’éloquence ». Parmi eux, des mini-Cicéron appelés à un bel avenir d’orateur.

L’essor de la pédagogie Montessori dans laquelle le dialogue est roi n’est pas étranger à cette tendance. Dans le même esprit, le nouveau bac en 2021 sera doté d’un « grand oral », un exposé-entretien de 20 minutes face à un jury comptant environ pour 15 % de la note finale. Dans l’enseignement supérieur aussi, on mise sur la rhétorique. Les facs de droit, écoles d’ingénieurs et de commerce… orchestrent des championnats d’éloquence ou de plaidoirie.

Un atout dans le monde du travail



La compétition de vulgarisation scientifique « Ma thèse en 180 secondes » permet, elle, aux doctorants d’exposer leurs savantes recherches à un auditoire profane. Même la télé s’y met. Un casting vient d’être ouvert pour participer à une émission de France 2 baptisée « le Grand Oral » et animée par Laurent Ruquier.

Plus que jamais, l’entrée dans le monde du travail est facilitée quand on excelle dans les discours. Savoir convaincre l’autre et faire preuve d’esprit critique tout en étant à l’aise sont devenus des arguments aussi décisifs que les lignes d’un CV lors des entretiens d’embauche. « Même si le recruteur essaiera toujours d’aller chercher ce qui se cache derrière la tchatche », nuance Bruno Adler, coach en entreprise.

A l’heure de Skype, de la communication via YouTube ou d’autres vidéos, de la mode du « pitch » où il faut être capable de « vendre » une idée à une vitesse éclair, toute aisance verbale est récompensée. « Bien s’exprimer, c’est clairement un avantage pour réussir dans la vie. Les portes s’ouvrent plus facilement. Mais il ne faudrait pas que les timides, qui n’ont pas ces facilités, passent pour des benêts », prévient le formateur.

Réforme du Bac : à l'école de l'éloquence




La prise de parole en public, succès garanti


Les keynotes de Steve Jobs. Le fondateur d’Apple décédé en 2011, a révolutionné l’art oratoire dans le monde des multinationales, à travers ses présentations très scénarisées (les célèbres « keynotes ») des nouveaux produits maison. C’est depuis ces tribunes que l’icône a, en mode décontracté, converti la planète à l’iPhone. Un coup de génie marketing qui inspiré, entre autres, le patron de Free, Xavier Niel.

Les conférences TEDx, nées en Californie dans les années 1980, connaissent un succès grandissant en France. Face à un public, des hommes et des femmes aux parcours exceptionnels ou aux idées novatrices ont dix-huit minutes maxi pour délivrer leur message très codifié. Leurs prestations, filmées, sont partagées sur la Toile.


Camelia Jordana et Daniel AUteuil dans «Le Brio»./Prod/David Koskas

Le cinéma surfe sur la mode de la rhétorique. Sorti en novembre 2017, le film « le Brio », signé Yvan Attal, raconte l’histoire d’une étudiante de banlieue (Camélia Jordana), préparée à un concours d’éloquence par son prof de droit, arrogant et provocateur (Daniel Auteuil). Résultat : plus d’un million d’entrées !

Dans le monde de l’édition, c’est devenu un filon. Chaque semaine ou presque est publié un livre distillant les recettes pour se métamorphoser en brillant tribun. Celui de l’avocat Bertrand Périer, « La parole est un sport de combat » (Ed. JC Lattès), s’est déjà écoulé à plus de 50 000 exemplaires.

Vincent Mongaillard
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Par Le Parisien - Le 29.11.2018