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La génération Bataclan entre en résistance

Ils ont entre 20 et 30 ans, ils incarnent cette jeunesse festive, dont l’insouciance a été ébranlée par les attentats du 13 novembre. Témoignages.

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"Les réseaux sociaux sont l’arme des jeunes": Mathilde Delepaut, 22 ans, étudiante à Aix-en-Provence - Olivier Touron

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Comme il y a eu la génération Mai-68, y aura-t-il demain une génération Bataclan : cette jeunesse, aujourd’hui âgée de 20 à 30 ans, qui a découvert la vie d’adulte dans une société marquée par la précarité, déjà, mais aussi ébranlée par le terrorisme ?

C’était lors d’une virée entre copines à Madrid, en juin dernier. Faustine Briez, 27 ans, chargée de projet marketing à Paris, enterrait la vie de jeune fille d’une amie. Le soir, la joyeuse troupe prend la direction d’une discothèque géante. « Nous étions sur un balcon surplombant la pièce principale quand, d’un coup, un énorme bruit a retenti, ressemblant à des tirs. Cela a duré trois secondes, trois secondes où les attentats me sont revenus en tête. L’instant d’après, j’étais allongée au sol avec une copine. Ce n’était qu’une grosse machine à faire de la brume qui s’était mise en route au rez-de-chaussée… »

Il y a eu les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, les tueries de novembre 2015, qui avaient ciblé le Stade de France, les terrasses de bars parisiens et le Bataclan, et maintenant le camion fou de Nice, l'attaque d'une église à Saint-Etienne-du-Rouvray. Sans oublier les drames qui ont ensanglanté le monde. Rien que cette année : le massacre homophobe d’Orlando, aux Etats-Unis, les deux bombes à Bruxelles, en Belgique, les assassinats dans un restaurant de Dacca, au Bangladesh… Comment vivre avec tout cela ? Comment peut-on encore aller danser dans une discothèque sans avoir peur au moindre bruit ? Comment s’installer à la terrasse d’un café ou se rendre dans une salle de concert sans avoir à l’esprit la menace d’un attentat ?

« Un effet de sidération propre à chacun »



« Des personnes qui n’étaient pas présentes au moment de l’attaque peuvent aussi développer un syndrome post-traumatique, rappelle Dominique Szepielak, psychologue et membre de l’association française des victimes du terrorisme. J’ai rencontré des jeunes qui n’étaient pas sur les lieux des attentats du 13 novembre, mais qui ont développé une anxiété et une obsession. » Faustine, elle, a fait des cauchemars après la tuerie du Bataclan. Elle se rêvait par exemple dans un bar soudain investi par des terroristes. « Je cours aux toilettes pour m’enfermer, souffle-t-elle, en espérant qu’ils n’arrivent pas à me retrouver. » « Il y a un effet de sidération qui est propre à chacun et qui dépend aussi de la nature de l’événement, explique Gérôme Truc, sociologue et auteur de Sidérations, une sociologie des attentats (PUF, janvier 2016). Après le 13 novembre, les jeunes se sont sentis touchés et davantage concernés. C’est une certaine jeunesse qui a été visée, celle qui sort boire des verres, qui assiste à des concerts… Beaucoup se sont identifiés aux victimes. »


Parmi les dix projets de mémorial citoyen aux victimes des attentats retenus par l'association Generation Bataclan : le Cube de Arnaud Leconte et Xavier Janus s'illumine de concepts forts, tels que le respect et l'hommage, mais aussi des noms des victimes de l’atrocité commise le 13 novembre.

Comédien à Lyon, Nicolas Balestra, 28 ans, a ressenti l’attentat du Bataclan, comme « un violent choc » : « Je pensais à tous ces jeunes de mon âge. Cela pouvait être mon frère, ma sœur, une amie d’enfance ou mon meilleur pote… Je ne connais aucune des victimes, mais j’ai des amis dont c’est le cas… »

Les images que l’on voit à la télévision marquent les esprits. Mais c’est la récurrence des attaques qui crée ce sentiment d’insécurité. Surtout, cette haine – Nice l’a prouvé cruellement – peut frapper n’importe quand, tuer n’importe qui, même des enfants. « Cela touche des moments festifs, des moments où les gens se relâchent, remarque aussi Dominique Szepielak. Ce sont désormais des moments où il faut être prudent. » Faustine, elle, a changé ses habitudes : elle se méfie des grandes gares et de tous les lieux qui attirent la foule. Justement, ce 14 juillet à Paris, avec sa famille, elle avait décidé d’éviter le feu d’artifice du Champ-de-Mars. Au cas où…

La jeunesse risque de perdre son insouciance, sa joie de vivre, analyse Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue, « elle va être plus méfiante, davantage sur ses gardes ». Ce n’est pas sans conséquence. La psychiatre anticipe « une recrudescence des addictions aux drogues et à l’alcool chez ces jeunes, à cause du stress, du malaise que créent ces attentats ». Et malheureusement, une hausse des suicides : « Les jeunes sont déjà très stressés dans notre pays, notamment les étudiants. Le taux de suicide chez les jeunes est très important en France. Cela risque d’empirer. » (En 2012, le suicide représentait 18 % des décès chez les jeunes, c’est la deuxième cause de mortalité, après les accidents de la route.)

Tenter de mener une vie normale



Mais parallèlement, cette menace terroriste a entraîné aussi l’émergence d’une jeunesse résistante. Au lendemain du 13 novembre, beaucoup sont allés trinquer en terrasse, inondant les réseaux sociaux des photos de leurs réjouissances, comme autant de pieds de nez aux terroristes. « Je n’ai pas peur de sortir dans les bars, assure Nicolas. Ma liberté est bien trop précieuse pour que je la troque contre un peu plus de sécurité… J’ai repris une vie normale, je me considère comme un battant et je ne me laisserai pas abattre par la haine de ces gens. »

Les réseaux sociaux sont devenus un lieu privilégié où la génération Bataclan exprime sa solidarité, sa colère parfois, son envie de vie surtout. « Les réseaux sociaux sont l’arme des jeunes », résume Mathilde Delepaut, 22 ans. Après l’attaque de novembre, comme beaucoup d’autres, cette étudiante en sciences politiques à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) a posté sur Facebook un drapeau tricolore en signe de solidarité. Elle a choisi un pavillon flottant sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. Publier sur les réseaux sociaux « permet d’être acteur, de ne pas rester dans l’impuissance », décrypte le psychiatre Serge Tisseron, qui n’hésite pas à assimiler cette série d’attentats à un « traumatisme de masse, comme celui du 11-Septembre ». « Ces jeunes font cela pour les victimes, mais aussi pour eux », explique le médecin, qui les encourage à « intégrer la culture du risque dans leur quotidien : pouvoir parler du terrorisme et en rire ».

En balayant leur insouciance, le terrorisme a ramené la jeunesse à la réalité, mais elle n’est pas perdue pour autant. Nicolas, le comédien lyonnais, s’intéresse davantage à l’actualité : « Les attentats ont clairement changé ma mentalité, dit-il. Je m’informe plus sur la politique de mon pays, et je suis plus scandalisé par certaines décisions… J’ai réalisé que l’être humain avait plus de valeur qu’une poignée de billets. » Mathilde, l’étudiante aixoise, envisage, elle, une carrière dans la défense : « Cela m’a toujours passionnée. Les attentats n’ont fait que confirmer mon envie de travailler au service de ma patrie, de renforcer l’esprit de défense, chez les jeunes de mon âge comme chez les plus vieux. » Plus inquiète, Faustine en est encore à limiter ses loisirs et ses activités. « J’ai l’impression de les laisser gagner en réagissant de cette manière, se reproche-t-elle. Mais je me sens aussi tellement impuissante face à ces horreurs que je me retrouve coincée ! »

Benjamin Jérôme, Camille Legrand
Article issu du Parisien Magazine du 22 juillet 2016


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27.07.2016

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