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#MerciProf ! Les parents et étudiants invités à remercier les enseignants
Ils exercent un métier ultra-exposé et critiqué. En réaction au mouvement #Pasdevague, cette initiative du Projet Voltaire n’a rien d’anecdotique.
C’est l’instituteur qui a donné la bosse des maths à votre fiston longtemps allergique aux additions. C’est la prof de français qui a transmis le goût de l’écriture à votre aînée. C’est l’enseignant de physique « Géo Trouvetou » qui a aiguisé votre curiosité ou celui de philo à l’origine de vos engagements politiques. On a tous, élèves ou anciens élèves, un professeur aussi mémorable que celui du « Cercle des poètes disparus », qui nous a marqués à jamais. Le temps est venu de lui déclarer toute votre admiration.

Présents au salon professionnel de l’innovation éducative Educatec-Educatice, qui débutait mercredi 21 novembre à Paris, les collaborateurs du Projet Voltaire, outil en ligne d’apprentissage de l’orthographe qui fait progresser écoliers, collégiens, lycéens et étudiants de 3 000 établissements, lancent officiellement le hashtag #MerciProf !

Ils invitent tous les usagers des réseaux sociaux à se prendre en photo avec le nom de leur enseignant préféré sur une feuille A4 ou une ardoise et à partager un court message de reconnaissance sur Twitter.

Après #PasDeVague


Cette initiative est une réponse de soutien au mot-dièse #PasDeVague apparu le mois dernier au lendemain de la diffusion de la vidéo montrant un lycéen de Créteil (Val-de-Marne) menaçant, en classe, son enseignante avec une arme factice.




Ces images avaient donné lieu à une libération de la parole de nombreux collègues dénonçant le manque de soutien de leur hiérarchie face à la violence. « On comprend leur ras-le-bol et leur lassitude. En cette période difficile, on veut aussi leur dire qu’on a beaucoup d’estime pour les profs et rappeler à tous nos jeunes à quel point ils peuvent parfois changer le cours de leur vie », martèle Pascal Hostachy, responsable du Projet Voltaire.

«C’est tellement dur au quotidien»


Pour Emmanuelle Piquet, psychopraticienne fondatrice de Chagrin scolaire, centres de consultations et de formation dédiés aux élèves, mais aussi aux profs en souffrance, cette valorisation est « infiniment importante ». « J’invite les parents à remercier les profs de leurs enfants. Ceux-ci, en particulier au collège, ne le font pas, parce qu’en quête de popularité, ils ont peur de passer pour des fayots. »

« C’est en grandissant qu’ils se rendent compte qu’ils ont eu beaucoup de chance, mais il est trop tard pour leur dire, donc beaucoup de profs ne le savent jamais, décrypte l’experte. Or, ils en ont besoin, c’est tellement dur au quotidien. Ils exercent un métier ultra-critiqué, tous les parents ont un avis, c’est un peu comme avec le sélectionneur de l’équipe de France », compare Emmanuelle Piquet, aussi l’auteure du livre « Comment ne pas être un prof idéal » (éditions Payot).

«S’il est trop cool, ça dégénère»


Mais alors quel est le portrait-robot de l’enseignant éblouissant ? « C’est celui qui, à un moment donné, nous a fait confiance, le découvreur d’un talent en nous qui n’a pas été vu par les autres. Il faut qu’il soit exigeant », observe-t-elle. « S’il est trop cool, ça dégénère », confirme Jean-Noël Leblanc, 53 ans, prof de français dans un lycée de la Nièvre, qui n’est, évidemment, pas insensible aux marques de gratitude.

« Je ne me dis pas au quotidien : Il faut que je marque mes élèves. Mais quand certains deviennent profs de français à leur tour, ça fait plaisir. De même quand, à la fin de l’année, j’entends : Je n’aimais pas le français avant, mais maintenant, si ! » décrit-il. « À moins d’être hyperblindé, s’il n’y a pas un regard positif sur vous, c’est impossible de tenir. Dans les bahuts difficiles, les regards sont souvent méprisants, c’est normal que les collègues en prennent un coup », souligne celui qui a écrit le « Manuel de survie du lycéen » (Presses de la Renaissance).
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Par Le Parisien - Le 27.11.2018