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Fiche Métier - Chirurgien, un métier d'homme ?

Difficile de devenir chirurgien : études longues, concours, mais guérir et sauver l'emporte. De plus en plus les femmes sont attirées.

La route est longue et difficile pour devenir chirurgien. Près de quatorze ans d’études, deux concours et à la clé, la satisfaction de guérir et sauver des vies. Une contrepartie qui finit par attirer aussi les femmes.

Si la médecine tend nettement à se féminiser depuis plusieurs années, la chirurgie résiste davantage. Mais dans une certaine mesure seulement. Huit chirurgiens sur dix sont aujourd’hui des hommes et probablement moins bientôt : en 2010, 38% des internes affectés en spécialités chirurgicales étaient des femmes selon la Direction de la recherche, des études et des évaluations statistiques (Drees).
Exerçant l’une des professions médicales les plus prestigieuses, le chirurgien assume d’importantes responsabilités à la fois vis-à-vis du patient et de l’équipe médicale.
Véritable chef d’orchestre au sein du bloc opératoire, il anime l’équipe d’anesthésistes et d’infirmiers, a une grande capacité de travail et une disponibilité totale dès qu’il intervient.
Il peut pratiquer en cabinet privé, en centre hospitalier, en clinique privée ou dans le cadre d’un organisme de recherche.

634 postes d’interne disponibles


Pour devenir chirurgien, les études sont longues : entre onze et quatorze ans après un bac S, de préférence.
Passée l’étape initiale de la première année commune aux études de santé (Paces) - 20% des étudiants réussissent — suivent cinq années de formation théorique et pratique, dont trois d’externat, afin de préparer les ECN, épreuves classantes nationales.
En fonction de leur rang à ce concours, les étudiants choisissent leur spécialité et les villes où ils feront leur internat.
Les candidats chirurgiens font partie des mieux notés. En 2012, 634 postes d’interne en chirurgie seront disponibles.
"C’est insuffisant, estime le docteur Philippe May, chirurgien plastique à l’hôpital Saint-Louis à Paris, les chirurgiens sont trop peu nombreux, surtout en province. Ils sont débordés, et les jeunes se découragent face à un métier qui demande autant d’énergie et de disponibilité."

L’internat peut durer cinq ans, voire plus, en fonction de la filière retenue. Pour apprendre les bons gestes, les internes, salariés à l’hôpital, observent leurs aînés et s’exercent sur du matériel sans risque.
"Les dermatologues s’initient à la chirurgie sur des pieds de cochons, dont la peau est proche de celle de l’homme", cite en exemple le professeur Nicole Basset-Seguin, cancérologue dermatologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris.

La rémunération des chirurgiens : les revenus peuvent fortement varier. Un praticien hospitalier universitaire, sans garde ni activité libérale, gagne environ 57 000 € brut par an. Une garde volontaire est quant à elle rémunérée 450 € brut par jour.
Et dans le privé, le bénéfice non commercial annuel moyen d’un chirurgien avoisine les 130 000 €, une fois déduites les charges d’assurance, de plus de 15 000 € annuels.

Le clivage homme/femme perdure jusque dans les spécialités, les femmes préférant à 49% l’ORL et l’ophtalmologie, 34% la chirurgie générale et 10% seulement la neurochirurgie.
«Peu de femmes se tournent vers les chirurgies lourdes, orthopédique, thoracique, ou cardio-vasculaire, explique le docteur Philippe May, car ces disciplines sont pénibles physiquement et contraignantes en termes de temps. Certaines opérations peuvent durer plusieurs heures.» Des difficultés que certaines aimeront toutefois surmonter…

TEMOIGNAGE

Carole CRESSEY-KANOUI, 51 ans, chirurgien urologue à Paris

Carole Cressey-Kanoui a 6 ans lorsque son père se coupe le doigt sous ses yeux. Ce jour-là, elle décide de devenir chirurgien.
«Ce doit être merveilleux de réparer le corps humain», pense la petite fille. A l’adolescence, la lecture des ouvrages du docteur Schweitzer conforte son choix.
Aujourd’hui, à 51 ans, cette pimpante et élégante mère de quatre enfants exerce le métier de chirurgien urologue à Paris, spécialiste des voies urinaires et de l’appareil génital.
«Je soigne aussi bien des bébés, que des problèmes de prostate chez l’homme ou de cystites chez la femme.»
Elle partage son temps entre son cabinet de consultations, le centre médical Cosem et les cliniques Sainte- Isabelle et du Mont-Louis.

Son parcours ?
Pendant ses études à la faculté de médecine de Paris (hôpital Necker), elle rencontre ses mentors.
«Les professeurs Jean Hamburger et Roger Couvelaire m’ont donné envie de choisir l’urologie, une spécialité variée et très innovante techniquement.»
Puis, interne des hôpitaux de Paris pendant six ans, elle «apprend les bons gestes chirurgicaux dans les livres» et se perfectionne dans des services de pointe.
L’urologue devient ensuite chef de clinique à l’hôpital Saint- Antoine et à Bichat. D’évidence, le docteur Cressey-Kanoui aime ce qu’elle fait.
«Ce métier c’est la tête et les mains, s’enthousiasme- t-elle, il nécessite concentration, maîtrise de la technique et surtout une bonne relation de confiance et de collaboration avec les patients. Pour les rassurer, je suis toujours joignable sur mon portable.»

Et pourtant, elle a parfois dû se battre dans cet environnement assez misogyne.
«Avant d’être reconnue femme chirurgien, il faut de longues années d’expérience !»

Et ses revenus ?
«Récemment, je n’ai pas fait de bénéfice, car j’ai dû moins travailler quelques mois après la naissance de mon dernier enfant», précise-t-elle.
En général, le bénéfice non commercial d’un urologue « libéral » peut dépasser les 100 000 €.


Article réalisé par Fabienne Tisserand
Dossier paru le lundi 05 mars dans le Parisien Economie

EN SAVOIR PLUS
À CONSULTER
- Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) : www.conseilnational.medecin.fr
- Association nationale des étudiants de médecine en France : www.anemf.org
- Fédération hospitalière de France : www.fhf.fr
À LIRE
- «Les Métiers du médical», collection Parcours, Ed.Onisep, septembre2011,164p.,12€.
- «Chirurgien au féminin : des femmes dans un métier d’hommes», de Emmanuelle Zolésio, Ed. Presses Universitaires de Rennes, collection le Sens social, à paraître en mai2012, 380 p.,20€.

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27.03.2012

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