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Métier : conducteur de métro

Pour devenir conducteur de métro, il faut franchir plusieurs étapes. A Paris, c’est la RATP qui prend en charge la formation.

Avec 14 lignes de métro, dont une automatique (ligne 14), l’agglomération parisienne dispose d’un réseau étoffé de transport urbain souterrain de plus de 200 km. Quelque 3000 conducteurs l’animent quotidiennement, et ce de 5h15 jusqu’à 1h30 pour le dimanche et les jours fériés. Forte de ses effectifs, la Régie autonome des transports parisiens (RATP) est le premier employeur de conducteurs de métro en France.

Aucune école ne formant à ce métier, la RATP a recours à une « formation maison ». Aucun diplôme spécifique n’est exigé non plus, pas même le permis de conduire pour les candidats qui sont recrutés directement pour le métro. « De sans diplôme au niveau bac + 2, la palette est large, explique Sophie Meynaud, chargé du recrutement des conducteurs. Avec un avantage pour les profils techniques et comptables, car il faut évoluer dans un univers réglementé. »

Deux tiers des recrutements s’effectuent par la promotion interne



L’attrait de ce métier ne se dément pas : fin 2012, à l’ouverture sur le site Internet de l’annonce des prochains recrutements, pas moins de 800 candidats extérieurs ont postulé. La sélection s’appuie sur des tests d’évaluation scolaire en maths et français, psychologiques pour jauger la stabilité émotionnelle et sur des entretiens…

Des réglementations à apprendre par cœur

Ensuite, les nouvelles recrues suivent une formation intensive de trois mois qui leur permet de comprendre et de maîtriser l’environnement technique du métier : voies, signalisation, matériel, énergie électrique… L’objectif ? Décrocher une habilitation car sans elle le contrat d’embauche est rompu. « Avec des réglementations et des procédures à apprendre par cœur, cette étape requiert quatre heures de travail personnel », explique Rudy Garnier, conducteur de métro de la ligne 13.

Autant d’efforts pour pouvoir mieux affronter ensuite les lourdes responsabilités de la fonction, avec 900 à 1000 passagers à bord de cinq voitures. La vigilance ne doit pas baisser, « surtout à l’entrée en station, commente Myriam Bézard, conductrice sur la ligne 2, avec les pieds des clients au bord du quai. L’angoisse est de les toucher ». Aussi la sécurité est-elle au cœur du métier, avec des répétitions de scénario catastrophe pour être opérationnel, comme isoler un wagon qui ne peut plus freiner ou évacuer les passagers dans un tunnel… Sur les 140 postes à pourvoir en 2013, 50 à 60 seront réservés au recrutement externe. « Dans cette société, les machinistes, autrement dit les chauffeurs de bus, constituent le principal vivier pour accéder au métier de conducteur de métro », souligne Murielle Dubois, chargée de l’attractivité des métiers. Deux tiers des recrutements s’effectuent par la promotion interne : avec un salaire (1820 € brut hors primes sur 13 mois pour les débutants) supérieur à celui d’un conducteur de bus ou d’un agent de station, et jouissant d’une progression de carrière plus rapide, cette profession suscite des vocations.

Et pas seulement en Ile-de-France. Les villes de Marseille (Bouches-du-Rhône) et Lyon (Rhône) sont elles aussi dotées d’un réseau avec conducteurs, mais avec des effectifs moindres (respectivement de 140 et de 120 salariés). Environ 20 postes seront à pourvoir à Lyon cette année, 10 à Marseille. Plus encore qu’à Paris, c’est la promotion interne qui prévaut, flirtant même avec les 100%.

TEMOIGNAGE
« Il faut de la rigueur et de la concentration »


Franck LE GALLO, 37 ans, conducteur de métro sur la ligne 8 (Balard-Créteil), à Paris

Pourquoi pas la RATP ? Pourquoi pas conducteur de métro ? Après un bac sciences et technologies de laboratoire (STL) et deux ans de petits boulots, Franck Le Gallo s’est lancé. Comme la grande majorité de ses collègues, il a d’abord fait ses classes comme conducteur de bus, en entrant à la Régie. Mais la « multiplication des incivilités et l’intensification du trafic » l’ont poussé à regarder du côté du métro au bout de six ans. Et après six autres années passées dans les tunnels, conducteur de métro reste à ses yeux un « métier au-dessus du lot à la RATP ».

« C’est un métier au-dessus du lot à la RATP »



Ce qui lui plaît : la rigueur du métronome qui y est requise. « Avec un métro toutes les deux minutes à deux minutes trente, perdre une minute a un réel impact sur tout le trafic », explique-t-il. Le temps nécessaire à « un tour » — le sien fait deux heures trente —, celui pour changer de métro, le démarrage, les vérifications d’usage avant de « dégarer le train »… tout est carré, calé. Y compris pour les horaires de travail : avec le système des 3 x 8, ceux-ci sont modifiés chaque semaine, mais avec une visibilité d’une année.

Dans sa cabine de 3 m2, Franck compare son tableau de bord « à Enterprise, le vaisseau spatial de la série Star Trek! » Cette pointe d’humour masque l’énorme effort de concentration et la vigilance indispensables. Signal sonore des portes fermées, signalisation entre deux stations, vitesse du train qui ne doit pas dépasser 60 km/h, voire 70 km/h, avarie sur les rails… les paramètres à surveiller sont nombreux, dans la pénombre ou exposé à la lumière, de nuit comme en matinée. Avec la perte de l’emploi comme épée de Damoclès, en cas d’écart de conduite répété.

Créteil-Université, Créteil-Préfecture… avec ses stations aériennes, la ligne 8 est prisée. Franck Le Gallo s’estime donc chanceux. Choisir sa ligne est un privilège accordé aux conducteurs les plus expérimentés. Son salaire, quant à lui, oscille entre 2300 € et 2400 € net par mois.


Dossier réalisé par Magdalena Meillerie

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