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Thierry Repentin : "Nous allons mettre en place un service public de l'orientation"

Thierry Repentin, le ministre délégué à la Formation professionnelle annonce les trois pistes d'action du gouvernement pour enrayer le chômage

Alors qu’un jeune sur quatre est aujourd’hui sans emploi en France, la lutte contre le chômage passe par une forte implication des pouvoirs publics auprès des 15-24 ans. Chaque année, environ 140 000 d’entre eux sortent du système scolaire sans aucune formation, d’où la nécessité, selon Thierry Repentin, de leur assurer une qualification, en utilisant, au mieux, les 31 milliards d'euros alloués aux actions de formation.

Notre taux de chômage élevé tient-il à un manque de formation de notre main-d’œuvre ?


Notre chômage élevé s’explique avant tout par une conjoncture nationale et internationale très dégradée. La formation professionnelle n’est pas la cause du chômage. En revanche, elle apparaît comme l’une des solutions, que ce soit à titre individuel — mieux on est formé, moins on risque d’être au chômage —, ou collectif — une nation qui investit dans les compétences améliore sa compétitivité et prépare son avenir.

Combien d’offres d’emploi restent-elles vacantes, faute de personnes qualifiées?


Les spécialistes parlent de métiers en tension. Sur 3 millions de chômeurs, une récente étude de Pôle emploi montre que 685 000 postes seraient concernés par cette inadéquation entre l’offre et la demande. Quatre secteurs sont principalement concernés : l’hôtellerie-restauration (125 000 postes), les services à la personne (53 000), les aides-soignants (40 000) et l’informatique (30 000). Mais le manque de qualification des demandeurs d’emploi n’est pas la seule explication. La localisation des postes et les conditions de travail sont aussi en cause. Il faut une action globale. Là où cela a été fait, les résultats ont été nets.

Avec seulement un dixième des fonds de la formation mobilisés en leur faveur, les chômeurs sont les grands oubliés du dispositif actuel…


En 2011, 27% des actifs salariés ont eu accès à une formation au cours de l’année, contre 18% des demandeurs d’emploi. Nous misons sur trois pistes d’action pour inverser cette tendance. La première est de réduire le nombre de jeunes qui sortent du système scolaire sans formation — 140 000 par an ! Dès qu’il sera signé, chaque emploi d’avenir, notamment, comportera toutes les actions de formation menées en faveur du jeune concerné.

En 2011, sur 126 000 places de formation proposées par l’Afpa (Association Nationale pour la formation professionnelle des adultes), seules 86 000 ont trouvé preneur…


C’est justement là-dessus que portera notre seconde action : fluidifier les entrées en formation. Aujourd’hui, les conseillers de Pôle emploi ou des missions locales n’ont pas la liste exhaustive des formations proposées au niveau national ou même régional, ainsi que leurs disponibilités. Nous allons donc mettre en place une base de données globalisée. Enfin, troisième piste, nous souhaitons accélérer la mise en place du service public de l’orientation qui devra être ouvert à chacun : le lycéen, le demandeur d’emploi, comme le quinqua.

Comment doper l’apprentissage ?


L’apprentissage reste une voie privilégiée vers l’emploi, puisqu’à l’issue de leur formation, entre 60% et 80% des jeunes concernés trouvent un poste. Notre objectif est clair : accroître qualitativement et quantitativement ce type de formation. L’Etat, bien sûr, mais aussi les entreprises doivent se mobiliser : actuellement, 80% des apprentis sont recrutés par des PME de moins de 50 salariés. Au-delà de ce seuil, la marge de progression est donc importante.

Faut-il renforcer les malus financiers qui avaient été instaurés par Nicolas Sarkozy ?


Je n’ai pas le sentiment que ce système ait eu un effet déclencheur sur le nombre d’apprentis. Un bilan précis est en cours. En attendant, je n’exclus rien. Les collectivités locales, aussi, peuvent faire mieux : sur 430 000 apprentis, moins de 10 000 sont en poste dans une commune, une région, etc., alors qu’elles fourmillent d’emplois d’apprentis potentiels : réparation automobile, espaces verts, etc.

L’Afpa (Association Nationale pour la formation professionnelle des adultes) a failli déposer son bilan. L’Etat doit-il reprendre la main sur sa gestion paritaire ?


Non. L’Afpa et ses 10 000 agents proposent un vrai service public de la formation professionnelle, présent sur tout le territoire. Son rôle est essentiel, notamment auprès des salariés peu ou pas qualifiés. Mais depuis dix ans, c’est vrai, les pouvoirs publics n’ont pas suffisamment accompagné sa mue alors qu’une offre privée, très concurrentielle, se développait. Nous avons demandé au président de l’Afpa un plan de redressement qui doit être proposé en novembre. Avant la fin 2012, les décisions seront prises pour mettre l’Afpa sur de bons rails, et pour cela tout le monde devra faire des efforts.

Xavier DELATTRE,
directeur des ressources de la Fondation des apprentis d'Auteuil

«Il faut accompagner davantage les apprentis les moins qualifiés»
Voilà bientôt dix ans que Xavier Delattre, HEC de formation, a quitté le secteur privé compétitif pour rejoindre la Fondation des apprentis d’Auteuil, dont la principale mission est d’accueillir, de former et d’insérer des jeunes en grande difficulté — sur les 14 000 jeunes de 0 à 25 ans aidés par la Fondation, 700 à 800 sont en apprentissage.
Pour les jeunes en très grande difficulté, pointe-t-il, les formations qualifiantes, et notamment l’apprentissage, doivent être adaptées : « Alors qu’un étudiant en grande école ou en BTS s’intègre facilement au monde de l’entreprise, celui qui sort d’un CAP ou d’un BEP n’a pas forcément les bons codes : il doit parfois apprendre à respecter des horaires, dire bonjour, merci, s’excuser, être opérationnel de suite… »
Incapables de satisfaire à tout cela à la fois, nombre d’apprentis jettent alors l’éponge… quand ils ne se font pas remercier par l’employeur. Echec garanti dans un cas sur deux environ. « Au contraire, si on prévoit un accompagnement précis, avec sensibilisation au savoir-être, les taux de succès s’envolent pour atteindre 80% », conclut Xavier Delattre, qui propose donc que des éducateurs accompagnent systématiquement les apprentis les plus fragiles tout au long de leur parcours. « C’est d’autant plus important que les patrons de PME, dans lesquelles ces stages s’effectuent, sont trop surchargés de travail pour pouvoir gérer l’adéquation de chaque jeune à chaque poste. »


Propos recueillis par Odile Plichon
Article issu du Parisien Aujourd'hui en France / supplément éco du 26 septembre 2012


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Le Parisien
27.09.2012

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