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Réforme de l'Université - Interview de Geneviève Fioraso : "mieux orienter les bacheliers"

Interview avec la ministre de l’Enseignement supérieur qui détaille la réforme de l'Université qui sera discutée au Parlement le 22 mai

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Rendre les universités plus attractives, plus « professionnalisantes » et plus accessibles aux étudiants issus des milieux les plus modestes.
Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, détaille les objectifs de la réforme qui sera discutée au Parlement le 22 mai.


Après cinq lois sur l’université présentées ces trente dernières années, en quoi votre réforme est-elle novatrice ?


Geneviève Fioraso. La réussite étudiante est en panne. On est à 32 % de taux de réussite pour la licence en trois ans. Sur quatre ans, le taux est de 40 %. En Allemagne, il est de 60 %.
En licence (trois ans), le taux a même baissé, en France, de cinq points, passant de 37 % à 32 %, alors que Valérie Pécresse, sous le précédent gouvernement, avait mis en place le Plan réussite licence (730 millions d’euros), qui a échoué.
Derrière tous ces échecs, il y a des familles et des jeunes désemparés, des formateurs désorientés.
C’est pourquoi la réussite des étudiants est notre priorité.
Une priorité sociale, politique et même économique puisque le redressement industriel et la mise en place de nouvelles filières ne pourront se faire que si nous disposons des qualifications correspondantes.
L’Etat doit être stratège. Notre objectif est d’arriver à 3 millions d’étudiants formés, contre 2,4 millions aujourd’hui.

Que propose concrètement votre réforme ?


Nous améliorons l’orientation qui va être progressive et continue, dès la classe de seconde (au lycée) et jusqu’à la fin du cycle licence.
Avec un accompagnement individualisé, humanisé, une information sur les métiers dès le secondaire ainsi qu’une information sur l’enseignement supérieur, ses méthodes, les attentes des enseignants et les débouchés.
Le gouvernement prévoit, pour chaque région, la création d’un service public d’orientation et d’information. Il faut aussi simplifier l’offre de formation supérieure, qui est devenue un véritable maquis : 10 000 intitulés de licence, c’est aberrant !
D’autant que cette confusion désavantage encore plus les jeunes qui ne disposent pas de réseau de décryptage dans leur entourage, et creuse ainsi les écarts sociaux.
En premier lieu, il est indispensable de bien orienter les bacheliers professionnels vers les STS (Section de technicien supérieur, NDLR) et les bacheliers technologiques vers les IUT (Institut universitaire de technologie), pour leur éviter l’échec à l’université.
Les bacs pro et techno seront prioritaires en BTS (Brevet de technicien supérieur) et DUT (Diplôme universitaire de technologie), avec des quotas variables selon les académies. Trop souvent, les élèves des filières pro et techno ne trouvent pas de place dans ces formations conçues pour eux, mais prises d’assaut par des bacheliers généraux, qui s’inscrivent là par peur de l’université.

Vous souhaitez aussi développer l’alternance en faculté…


L’objectif est de passer de 5 % à 10 % des étudiants en alternance dans tous les domaines : les sciences, la technologie, mais aussi la littérature, l’histoire, etc.
En tout, de 175 000 à 180 000 étudiants seront concernés.
Avec l’alternance, les étudiants se confrontent au monde du travail et peuvent poursuivre leurs études en gagnant de l’argent. Ce système est bénéfique pour tous : enseignants, étudiants, entreprises et institutions. Je souhaite aussi développer les stages, dès le premier cycle, mais en les encadrant mieux. Je crois à leur intérêt. Ils facilitent l’accès au premier emploi, mais je refuse qu’ils soient assimilés à des emplois déguisés.

On vous reproche de faire du premier cycle universitaire un lycée bis…


La réforme du premier cycle vise à créer un socle commun qui va en se spécialisant.
Cette spécialisation disciplinaire progressive s’adresse aux jeunes, qui ne savent pas nécessairement vers quelle spécialité s’orienter en arrivant à la fac.
Des puristes disent : « On va secondariser l’université. » Non, le but, c’est justement d’arriver à un vrai choix disciplinaire et d’être dans un parcours de réussite.

Les droits d’inscription universitaires vont-ils augmenter ?


Non. Ce n’est pas envisageable. J’ajoute que, dans un contexte budgétaire tendu, j’ai obtenu une augmentation de 2,2 % du budget pour mon ministère (soit 514 millions d’euros supplémentaires), alors qu’une baisse (moins 3,5 %) était envisagée.

Les autres points forts de la réforme de l'Université


Plan numérique. La ministre veut faire évoluer les pratiques pédagogiques à l’aide du numérique et augmenter l’offre de formation disponible dans ce secteur.
Dès cette année, France université numérique sera créée, avec un financement dédié.

L’évaluation des enseignants. Il sera impossible d’enseigner à l’université sans avoir été formé à la pédagogie. Une mesure contenue dans la loi de refondation de l’école de Vincent Peillon.

Des cours en langues étrangères pour attirer davantage d’étudiants internationaux.
« La meilleure arme de la francophonie, parfois, est de faire des cours en anglais », souligne la ministre. Plus d'infos ici

Associer enseignants et étudiants aux décisions pour créer davantage de collégialité dans la direction. Geneviève Fioraso s’oppose à son prédécesseur, Valérie Pécresse, qui avait fait du président d’université le seul maître à bord.

Amélioration des conditions de vie des étudiants, avec notamment la construction de 40 000 logements.

Davantage de passerelles entre les différents cursus, en particulier entre les classes prépa, les grandes écoles et les universités.



Propos recueillis par Antoine Dreyfus

Photo Bruno Coutier

Article issu du Parisien Magazine du vendredi 10 mai 2013
dans lequel vous pourrez aussi retrouver le dossier :
"Universités : les clés de la réussite" : pour mieux préparer les étudiants au marché du travail, certaines facs ont anticipé la réforme...


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